Ephéméride | Roddie Edmonds [19 Décembre]

Portrait de Roddie Edmonds

19 décembre 1944.

Au cours de la bataille des Ardennes, le sergent-major américain Roddie Edmonds est fait prisonnier d’une unité SS. Le pistolet sur la tempe, il refusera de livrer les noms de ses subordonnés juifs et sauvera ainsi 200 soldats juifs américains de la déportation vers une mort certaine.

On était au tout début 1945 et Edmonds était prisonnier de guerre au Stalag IX-A, un camp de prisonniers de guerre allemand, depuis moins d’un mois. En tant qu’officier du rang le plus élevé, il était responsable des 1292 prisonniers de guerre américains du camp, dont 200 étaient juifs.

Tout au long de la guerre, la Wehrmacht avait assassiné des soldats juifs capturés sur le front oriental ou les avait envoyés dans des camps d’extermination. Les soldats juifs capturés sur le front occidental pouvaient être envoyés à Berga, un camp de travaux forcés où les taux de survie étaient extrêmement minces.

En raison de cette politique, l’armée américaine avait indiqué à ses soldats juifs que s’ils étaient capturés, ils devaient détruire les preuves de leur appartenance religieuse, telles que les plaques d’identité portant la lettre H pour « Hebrew » ou les livres de prières personnels que certains soldats emportaient.

Edmonds avait atterri en Europe à l’automne 1944 avec la 106ème division d’infanterie, puis avait combattu jusqu’à la frontière belgo-allemande au sein du 422ème régiment d’infanterie.

Le 16 décembre, il se retrouva pris dans ce qui est désormais connu sous le nom de Bataille des Ardennes, la dernière contre-offensive allemande sur le front occidental avant l’invasion de l’Allemagne à l’ouest. Le 17 décembre, il avait pris son dernier repas chaud.

« Il faut me croire quand je dis que nous devions vraiment garder la tête baissée. Ce n’était pas un pique-nique », écrivit Edmonds dans son journal de guerre.

Bien que surclassés en effectifs et en puissance de feu, les Américains retardèrent les Allemands suffisamment longtemps pour permettre à la troisième armée du général George Patton de venir à la rescousse.

Mais le salut arriva trop tard pour le 422ème régiment; La deuxième division allemande de blindés SS les encercla et, le 19 décembre, Edmonds fut l’un des milliers d’Américains faits prisonniers.

« Nous nous sommes rendus pour éviter le massacre. On nous fit marcher sans nourriture ni eau, à l’exception des rares betteraves à sucre trouvées le long de la route et des flaques d’eau »,raconte Edmonds dans son journal intime peu de temps après son évacuation vers le camp contenant jusqu’à 50000 soldats alliés prisonniers, près de Ziegenhain.

Un jour de janvier 1945, un mois après sa capture, les Allemands ordonnèrent à tous les prisonniers de guerre juifs de se présenter à l’extérieur de leurs barraquements le lendemain matin. Edmonds savait ce qui attendait les hommes juifs sous son commandement. Il décida donc de résister à la directive, et ordonna à tous ses hommes – Juifs et non-Juifs – de se présenter le lendemain matin.

En voyant tous les soldats alignés, le commandant du camp, le major Siegmann, s’approcha d’Edmonds. Il ordonna à Edmonds d’identifier les soldats juifs.

« Nous sommes tous juifs ici », déclara Edmonds.

Furieux, le commandant pressa son pistolet contre la tête d’Edmonds et répéta l’ordre. Encore une fois, Edmonds refusa.

« Selon la Convention de Genève, nous avons seulement à donner notre nom, notre rang et notre matricule. Si vous me tirez dessus, vous devrez tous nous tirer dessus et après la guerre, vous serez jugé pour crimes de guerre », avait déclaré Edmonds, selon l’un des hommes sauvés ce jour-là.

Le fils d’Edmonds considère tous les 1292 hommes comme des héros.

« Quand papa reçut les ordres et dit à ses hommes qu’ils n’abandonneraient pas les soldats juifs, ils auraient pu dire non. Lorsque le commandant appuya le pistolet contre mon père, certains des hommes auraient pu désigner les Juifs. Aucun d’entre eux ne l’a fait. Ils sont tous restés unis.
Ce qu’il a fait a donné un incroyable espoir aux hommes. Ils ont vu qu’ils pouvaient résister. Ils ont vu qu’ils pouvaient survivre ».

Après 100 jours de captivité et de quasi famine, Edmonds rentra chez lui près de Knoxville, dans le Tennessee. Il trouva du travail chez Oakridge National Labs, puis, parce qu’il avait rejoint la garde nationale, il fut de nouveau déployé, cette fois en Corée. Il rentra chez lui, se maria et eut deux fils. Il entraîna leurs équipes de baseball et travailla dans la vente.

Il parla peu de son expérience de la guerre et ne raconta rien de ce jour-là.

« Je l’ai interrogé à plusieurs reprises à l’adolescence et au collège. Il a dit « Mon fils, il y a juste des choses dont je préfère ne pas parler » et nous a dit de lire son journal », a déclaré le fils Edmonds.

L’histoire d’Edmonds resta donc dans l’ombre jusqu’à ce qu’une des filles de son fils Chris dut réaliser une vidéo sur un membre de sa famille dans le cadre de ses études universitaires. Sa grand-mère lui confia alors le journal que son mari, Roddie, avait tenu pendant son temps comme prisonnier de guerre.

Ronnie Edmonds s’éteignit le 8 août 1985 sans avoir jamais parlé de son geste, sans avoir reçu la moindre décoration ou le moindre hommage.

Le 10 février 2015, il fut reconnu comme « Juste parmi les Nations » par Yad Vashem.

Il est le seul soldat américain et l’un des cinq Américains à avoir été honoré de ce titre. C’est aussi le seul « Juste » à avoir sauvé des Juifs américains.