Ephéméride | Max Naumann [12 janvier]

Max Naumann

12 janvier 1875.
Naissance de Max Naumann, fondateur du Verband nationaldeutscher Juden, une organisation juive de droite qui alla jusqu’à soutenir l’accession d’Hitler au pouvoir.

Naumann naquit dans une famille assimilée d’Europe de l’Est. Il fréquenta le lycée Friedrichs-Werdersches à Berlin et obtint un diplôme en droit de l’Université de Berlin.

Ses études universitaires terminées, il fut admis au barreau. En 1902, il reçut une commission d’officier de réserve au sein de l’armée bavaroise – les Juifs non baptisés se voyaient refuser de telles commissions dans le corps des officiers de réserve prussiens – et pendant la Première Guerre mondiale, il se distingua en tant que commandant d’infanterie et reçut la Croix de fer de 1ère et 2ème classe).
Après la Première Guerre mondiale, il apparut comme le principal avocat de l’assimilation totale des Juifs à la communauté nationale allemande (Volksgemeinschaft).

Le 20 mars 1921, il fonda la Ligue des Juifs nationaux-allemands, qui réclamait l’auto-éradication consciente de l’identité juive, l’expulsion des immigrants juifs d’Europe de l’Est d’Allemagne et critiquait le comportement juif de manière quasi antisémite.

De même, il dénonçait les sionistes comme des corps étrangers au sein du Volk allemand, une menace pour l’intégration juive et les pourvoyeurs d’une idéologie «raciste» servant les intérêts de l’impérialisme britannique, alors qu’il considérait ce dernier comme inférieur au plan racial et spirituel.
Sa haine était particulièrement réservée aux intellectuels juifs de gauche cosmopolites, sans racines.
Au plan politique, l’association était proche du Parti populaire national allemand, parti conservateur et monarchiste, qui de son côté refusait l’affiliation de l’association.

Président de la Ligue de 1921 à 1926 et son idéologue principal et porte-parole dans toute la République de Weimar, Naumann fut réinstallé à sa tête en décembre 1933 sous la pression des nazis. Son organisation avait d’abord soutenu Ludendorff et d’autres politiciens de droite au début des années 1920, bien qu’il fût lui-même membre du parti national allemand de droite (DVP).

L’organe officiel de l’association était le mensuel « Der nationaldeutsche Jude », édité par Max Naumann. Le magazine tirait à 6000 exemplaires en 1927 et monta jusqu’à 15000 exemplaires en 1935.

Parmi les activités de ce groupe figurait la lutte contre le boycott juif des produits allemands. Ils publièrent également un manifeste qui affirmait que les Juifs étaient traités équitablement dans l’Allemagne nazie.

En 1934, le groupe fit la déclaration suivante:

« Nous avons toujours placé le bien-être du peuple allemand et de la patrie, auxquels nous nous sentons inextricablement liés, au-dessus de notre propre bien-être. Ainsi, nous avons salué les résultats de janvier 1933, même si cela nous a personnellement occasionné des difficultés. »

Une des hypothèses avancées pour expliquer pourquoi certains Juifs allemands ont soutenu Hitler est qu’ils pensaient que son antisémitisme avait uniquement pour but de « soulever les masses ».

Le fait qu’une association juive prônait la fidélité au programme nazi donna lieu à une blague qui mettait en scène Naumann et ses partisans terminant leur congrès en faisant le salut nazi et en criant « A bas nous! ».

En dépit de leur extrêmisme patriotique, le gouvernement allemand n’accepta pas leur objectif d’assimilation. L’association des Juifs nationaux allemands fut déclarée illégale et dissoute le 18 novembre 1935.
Max Naumann fut arrêté le même jour par la Gestapo et emprisonné au camp de concentration de Columbia. Il fut libéré après quelques semaines et mourut d’un cancer en mai 1939.

Le groupe de Naumann ne fut pas le seul groupe juif qui se compromit avec le nazisme. Un groupe similaire était « l’Avant-garde allemande » (Der deutsche Vortrupp), les disciples juifs allemands de Hitler dirigés par Hans-Joachim Schoeps, également appelés « Juifs nazis ».
Schoeps s’exila à Falun, en Suède en 1938, juste avant que les persécutions sérieuses ne commencent.
Il rentra en Allemagne après la guerre et fut nommé professeur d’histoire religieuse à l’université d’Erlangen, dans le nord de la Bavière, à 16 km au nord de Nuremberg.
Il resta monarchiste et voulait réintroduire la monarchie dans l’Allemagne d’après-guerre.
Son implication dans le Vortrupp et son engagement personnel pour le succès du mouvement nazi ne furent pas connus à Erlangen pendant son professorat jusqu’en 1970.
Après 1967, il s’opposa fermement au mouvement étudiant et publia un livre en 1972 dans lequel il prétendait que l’Allemagne est menacée par l’anarchie.
Il fut membre de la « Deutschland-Stiftung » (Fondation Allemagne), dans laquelle se retrouvaient nombre d’anciens nazis.

La politique initiale du gouvernement nazi était de promouvoir l’émigration juive d’Allemagne et, partant, de promouvoir et d’encourager les activités des organisations sionistes tout en réprimant les organisations anti-sionistes telles que les Juifs nationaux allemands, en particulier ceux qui au sein de ces organisations prônaient l’assimilation juive en Allemagne. Heydrich félicita les sionistes dans le journal SS pour ce qu’il interprétait comme une position raciste, et critiquait les assimilationnistes juifs pour avoir nié leur race.

Ces courants assimilationnistes extrémistes étaient évidemment très minoritaires au sein de la population juive allemande, surtout après l’arrivée des nazis au pouvoir, mais il n’étaient que la pointe avancée d’un courant assimilationniste plus vaste qui vivait dans l’illusion de la fusion judéo-allemande. L’hostilité envers l’immigration des Juifs de l’Est, qui paraissait compromettre la bonne intégration des Juifs allemands était répandue. Les nazis et de vastes pans de l’opinion allemande, de leur côté, ne voyaient pas du tout cette passion d’intégration d’un bon oeil.