11 novembre 1215
C’est une date très importante dans l’histoire du christianisme occidental mais aussi pour les Juifs car le concile adopte des mesures de discrimination et d’exclusion des Juifs. Ce n’est certes pas la première fois que se manifeste l’anti-judaïsme chrétien mais jusque là les décisions des conciles n’étaient pas très suivies. Le concile de Latran marque un tournant décisif. A partir de là, exclusions, ségrégations, expulsions, se généralisent.
Voici les trois textes canoniques concernant les Juifs traduits du latin:
Canon 67
« Plus la religion chrétienne se refuse à l’exaction de l’usure, plus la perfidie des juifs s’adonne à celle-ci, si bien que, en peu de temps, ils épuisent les richesses des chrétiens. Nous voulons donc en cela veiller à ce que les chrétiens ne soient pas terriblement accablés par les juifs. Aussi statuons-nous par un décret conciliaire que si à l’avenir par quelque prétexte que ce soit des juifs extorquaient aux chrétiens des prêts usuraires lourds et excessifs, tout commerce avec les chrétiens leur soit enlevé jusqu’à ce qu’ils aient donné entière satisfaction comme il convient pour les préjudices immodérés infligés. Au besoin, les chrétiens aussi seront contraints par censure ecclésiastique, et sans appel, de s’abstenir de tout commerce avec eux. Nous enjoignons aux princes de ne pas se montrer hostiles envers les chrétiens à cause de cela mais plutôt d’employer leur zèle à détourner les juifs d’une si grande oppression. Sous peine d’une même sanction, nous décrétons que les juifs doivent être contraints à s’acquitter envers les églises des dîmes et des offrandes qui leur étaient dues et qu’elles avaient l’habitude de percevoir de la part des chrétiens au titre des maisons et autres possessions avant que celles-ci, sous quelque titre que ce soit, ne soient passées entre les mains des juifs: ainsi les églises ne seront pas lésées. »
Canon 68
« Dans certaines provinces, des différences vestimentaires distinguent juifs et Sarrasins des chrétiens, mais dans d’autres il règne une certaine confusion car aucune différence n’est discernable. De là il arrive parfois que les chrétiens s’unissent aux femmes des juifs et des sarrasins, ou que des juifs et des sarrasins s’unissent aux femmes des chrétiens. Pour cela, afin d’éviter que la déviance que représentent ces coupables mélanges ne se répande plus largement sous le couvert de cette excuse [i. e. l’impossibilité de différencier les uns des autres par le vêtement] , nous décidons que ces individus des deux sexes doivent pouvoir être distingués des autres ouvertement par leur façon de s’habiller dans toutes les provinces chrétiennes et en tout temps ; car comme nous le lisons, c’est ce que Moïse leur a recommandé de faire. En outre, les jours de lamentation et le dimanche de la Passion [Pâques], ils ne doivent en aucun cas paraître en public : nous savons en effet que certains d’entre eux n’ont point honte de se pavaner dans un splendide appareil et ne craignent pas de railler les chrétiens qui commémorent la Passion la plus sacrée en arborant les marques du chagrin. Ceci, nous l’interdisons formellement afin d’éviter qu’ils ne se mettent à injurier le Rédempteur de quelque façon. Et puisqu’il nous est impossible d’ignorer l’injure faite à celui qui enlève nos péchés, nous décrétons, pour éviter de les voir blasphémer d’une façon ou d’une autre celui qui fut crucifié pour nous, que les coupables de cette audace en soient empêchés par l’ensemble de toutes les mesures de rétention qu’ils méritent de la part des princes séculiers. »
Canon 69
« Puisqu’il est plus qu’absurde que quelqu’un qui blasphème le Christ doive exercer le pouvoir d’une magistrature sur les chrétiens, nous renouvelons dans ce concile général ce que le concile de Tolède avait intuitivement établi sur ce sujet en raison de la témérité des violateurs de la loi : nous interdisons que les juifs soient préférés pour les charges publiques puisqu’en s’appuyant sur ce prétexte ils s’avèrent être de terribles ennemis pour les chrétiens. Mais si quelqu’un devait leur confier ce genre de charge, qu’on l’en empêche au moyen d’un châtiment approprié par l’intermédiaire de ce concile provincial qui, comme nous l’avons ordonné, devra se réunir chaque année. Que la camaraderie des chrétiens en matière de commerce comme en d’autres domaines soit refusée à tout fonctionnaire de cette espèce jusqu’à ce qu’il convertisse en faveur des chrétiens pauvres tout ce qu’il a obtenu des chrétiens en raison de la charge qu’il a reçue, à la discrétion de l’évêque diocésain et qu’il renonce avec décence à la charge qu’il a assumée de manière irrévérencieuse. Nous élargissons la même loi aux païens. »
(Illustration: Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher. Manuscrit médiéval.)
