Ephéméride | Fiorello LaGuardia [11 Décembre]

11 décembre 1882

Naissance de Fiorello LaGuardia, le plus grand maire de l’histoire de New-York.

Non, LaGuardia n’est pas qu’un aéroport de la ville qui ne dort jamais. Il tire son nom d’un personnage politique plus grand que nature.

Fiorello LaGuardia choisit de ne pas porter son ascendance juive en bandoulière. En fait, il laissait le public l’identifier comme italien, pas juif, même dans les circonstances politiques les plus tentantes. Cependant, lorsque des questions importantes pour les Juifs étaient soulevées à New York ou dans la politique nationale, «Petite Fleur» s’avérait un fervent défenseur des droits des Juifs. Comme maire de New York, il fut l’un des opposants les plus virulents de Hitler.

LaGuardia est né à Greenwich Village en 1882, fils d’Achille Luigi Carlo LaGuardia, un catholique, et d’Irene Luzzato Coen, qui avait été élevée dans un famille juive observante à Trieste, alors en Autriche-Hongrie. En 1880, le couple émigra aux États-Unis. Après la naissance de leur troisième enfant, Achille rejoignit l’armée américaine. La famille fut envoyée dans des avant-postes éloignés au Dakota du Sud et en Arizona. En 1898, Achille tomba gravement malade en mangeant des rations avariées fournies à l’armée et mourut quatre ans plus tard. Lorsque Fiorello LaGuardia fut élu au Congrès en 1922, le premier projet de loi qu’il présenta appelait à la peine de mort pour les « charognards » qui fournissaient de la nourriture contaminée à l’armée. Le projet de loi ne fut pas adopté, mais LaGuardia n’abandonna jamais son dégoût pour la corruption du gouvernement ou la capacité des « intérêts » à échapper à la justice.

Admirablement doué pour les langues, (outre l’anglais, l’italien et le français, il parlait yiddish, allemand, croate, hongrois), Fiorello prit en 1900, alors âgé de 18 ans seulement, son premier poste au gouvernement dans le corps consulaire américain à Budapest. Avisé que ses racines juives et l’absence d’un diplôme de Harvard nuirait à ses perspectives dans le service diplomatique, qui était très aristocratique, LaGuardia démissionna et retourna à New York en 1906 afin de travailler pour la Société pour la prévention de la cruauté envers les enfants et comme traducteur pour le service de l’immigration des États-Unis, tout en poursuivant des études à la faculté de droit de l’Université de New York. Son diplôme obtenu, il ouvrit un cabinet spécialisé dans la protection des travailleurs immigrants dans l’industrie de la confection. Il n’y gagna pas beaucoup d’argent mais de nombreux amis et une grande réputation parmi les travailleurs juifs immigrants et les colporteurs du Lower East Side en les représentant gratuitement devant les tribunaux.

En 1916, il se présenta comme candidat républicain, contre le député sortant du Lower East Side, un tenancier de saloon soutenu par la mairie, nommé Farley. S’adressant aux foules en yiddish, en italien et en serbo-croate, LaGuardia battit Farley d’une courte tête, devenant ainsi le premier Italo-américain élu au congrès. En 1922, la mairie présenta un candidat juif contre LaGuardia et fit circuler un tract qui qualifiait LaGuardia de « profondément antisémite et ennemi des Juifs ». On lui conseilla de proclamer que sa mère était juive mais LaGuardia rejeta cette tactique comme «intéressée». Au lieu de cela, il convia son adversaire à débattre en yiddish – une proposition que son adversaire n’était pas en mesure d’accepter. LaGuardia fut réélu.

Battu lors du raz-de-marée en faveur de Roosevelt en 1932, LaGuardia se présenta avec succès au poste de maire de la ville de New York en 1933. Une fois au pouvoir, il devint un ennemi implacable d’Adolf Hitler et du régime nazi. Avant de prendre ses fonctions, LaGuardia avait appelé Hitler un « maniaque pervers ». Dans un discours public en 1934, LaGuardia avertit, « Une partie du programme [d’Hitler] est l’annihilation complète des Juifs en Allemagne. » En 1937, s’adressant à la Section des Femmes du Congrès Juif Américain, LaGuardia proposa la création d’un pavillon spécial à la prochaine Exposition Universelle de New York: « une salle des horreurs » pour « ce fanatique en chemise brune ».

En réponse, la presse contrôlée par le gouvernement en Allemagne qualifia LaGuardia de « sale juif de Talmud », de « juif sans vergogne » et de « proxénète ». Lorsque l’ambassadeur d’Allemagne protesta contre les déclarations de LaGuardia auprès de Cordell Hull, le secrétaire d’État américain, Hull expliqua à l’ambassadeur que, personnellement, il « désapprouvait très sérieusement les propos qui offensaient ainsi le gouvernement allemand ». Hull dû cependant expliquer qu’en Amérique le maire de New York était libre de dire ce qu’il pensait. Hull se plaignit en privé au président Roosevelt que LaGuardia empoisonnait les relations germano-américaines, mais Roosevelt répondit à Hull: « Que diriez-vous si je vous disais que j’étais tout à fait d’accord avec LaGuardia? » Plusieurs mois plus tard, LaGuardia rendit visite à Roosevelt et rapporta la scène suivante:

Le président sourit quand j’entrai dans son bureau. Alors il étendit son bras droit et dit, « Heil, Fiorello! » Je me mis au garde-à-vous, étendit mon bras droit et répondit, « Heil, Franklin! » Et c’est tout ce qui fut dit à ce sujet.

En mai 1937, la nouvelle éclata d’un scandale au sujet de six lycées publics de Brooklyn dans lesquels des contraceptifs illégaux étaient vendus aux étudiants. La presse allemande blâma immédiatement « le Juif LaGuardia » pour cet épisode d’une « immoralité à faire dresser les cheveux sur la tête ». LaGuardia répliqua qu’il n’avait aucune réponse à l’accusation: le seul fonctionnaire de la ville compétent pour traiter les allégations de la presse allemande était le commissaire adjoint à l’assainissement en charge de l’évacuation des eaux usées!

En 1938, après la division de la Tchécoslovaquie et la Kristallnacht, LaGuardia intensifia ses attaques contre le régime hitlérien. Lors d’un rassemblement de 20 000 antifascistes au Madison Square Garden, La Guardia se déclara incapable de « décrire de manière adéquate la brutalité de [Hitler] et de son gouvernement » et qualifia le régime nazi de grande menace pour la paix mondiale. Les historiens David et Jackie Esposito ont écrit: « Face à l’indifférence généralisée envers les violations des droits humains à l’étranger et l’isolationnisme grandissant chez eux … LaGuardia réaffirma la foi d’un progressiste dans la règne de la raison et le pouvoir de l’opinion publique éclairée pour faire face aux nazis et affronter Hitler. » L’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941 donna raison à sa position de principe.

Après la guerre, LaGuardia devint directeur général de l’UNRRA du 29 mars 1946 au 1er janvier 1947, où il participa aux efforts pour nourrir les millions de personnes déplacées à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Récemment, on a découvert que parmi les millions de Juifs détenus dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, se trouvait aussi Gemma LaGuardia Gluck, la sœur de l’illustre maire de New York, Fiorello LaGuardia.

Bien entendu, ce ne sont pas seulement ses positions en faveur des Juifs ou contre Hitler qui lui ont valu son prestige, mais sa lutte contre la corruption, pour des élections propres, les nombreux équipements sociaux et de santé réalisés, l’amélioration des services urbains, la construction de quartiers d’habitation pour résoudre la crise du logement dans la ville. Après 12 ans à la tête de celle-ci, le visage de New-York était complètement transformé.

Fiorello LaGuardia mourut le 20 septembre 1947, des suites d’un cancer du pancréas.