25 novembre 1769
Décès de Lazarus Eliezer Leiser Joseph van Geldern, Juif de Cour auprès du Prince Électeur de Düsseldorf.
Si son nom a été retenu par l’Histoire, c’est essentiellement pour la Haggadah de Pessah qu’il fit réaliser en 1723 pour sa famille, et qui est le plus célèbre manuscrit hébraïque du XVIIIe siècle. Les illustrations somptueuses sont sans doute de la main de Moses Judah Leib ben Wolf Broda de Třebíč.
On ne sait pas ce que le manuscrit est devenu entre la mort de Lazarus et sa réapparition en 1879, lors de son achat par le rabbin de Cologne Abraham Frank. Son fils, Heinz Frank fut déporté et mis à mort à Sobibor en 1943. Les fils de Heinz parvinrent à se réfugier en Angleterre et aux Etats-Unis et, après un long et pénible procès, à reprendre possession de la Haggadah.
Heinrich Heine, le grand poète allemand, était l’arrière petit-fils de Lazarus et certains pensent, sans que cela soit démontré, que la légendaire Haggadah de son arrière grand-père lui aurait inspiré son récit « Le rabbin de Bacharach ».
Lors de son séjour à Berlin, au début des années 1820, le jeune Heine commence à s’intéresser de près à l’histoire juive. Parmi ses premiers écrits, dans sa pièce Almansor, son poème Donna Clara, il transpose dans un contexte espagnol, son expérience de l’antisémitisme allemand et son identité difficile de Juif allemand. Lors d’un voyage en Pologne, il analyse la place des Juifs orthodoxes dans la société polonaise et la compare à la situation de la bourgeoisie juive allemande en exprimant sa préférence pour les premiers (Kafka fera la même réflexion un siècle plus tard). Heine confie à son ami Moses Moser, secrétaire de l’Association pour la culture et la science des Juifs, la fameuse « Wissenschaft des Judentums », son projet de devenir le chantre de « la grande souffrance juive ». Il commence à rédiger son récit. Il pense d’abord à une nouvelle, puis à un roman, mais se heurte à des difficultés de rédaction formelle et met le projet de côté en 1826. Mais en 1840 éclate « l’Affaire de Damas » qui décide Heine à reprendre la rédaction.
Le 5 février 1840 dans le quartier chrétien de Damas, le père Tommaso da Calangiano (1777-1840), un moine d’origine sarde, de nationalité française, frère mineur capucin, et son domestique, Ibrahim Amarah, disparaissent sans laisser de traces. Le moine étant français, le consul de France à Damas, Ulysse de Ratti-Menton, supervise l’enquête, confiée aux autorités égyptiennes qui administrent alors la Syrie. Le consul de France et la police se fient à la rumeur publique qui accuse les Juifs de Damas d’avoir tué rituellement le moine et son domestique, afin de récupérer leur sang pour le repas de la Pâque. Un barbier juif, Suleïman Negrin, est arrêté. Il avoue sous la torture que le meurtre rituel a eu lieu. Le barbier livre également les noms des présumés coupables, le grand rabbin de Damas et des notables juifs, lesquels sont emprisonnés et torturés à leur tour afin d’obtenir des aveux. Plusieurs prisonniers meurent sous la torture et l’un d’entre eux préfère se convertir à l’islam pour échapper à son sort. Parallèlement, la population musulmane de Damas pille la synagogue de la banlieue de Jobar, détruisant des rouleaux de la Torah.
Heine est profondément choqué par la résurgence en plein XIXe siècle de l’accusation médiévale de meurtre rituel, non seulement par la populace, mais par un représentant officiel du gouvernement français qui affirme publiquement que la tradition du meurtre rituel est attestée par le Talmud.
Or l’accusation de meurtre rituel est précisément le thème de son récit « Le rabbin de Barachach ».
L’histoire se situe en 1489, époque terrible pour les Juifs qui aboutit à l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. Elle commence par le récit d’un repas festif de Séder dans la petite ville de Barachach au bord du Rhin. Des chrétiens dissimulent le cadavre d’un enfant chrétien mort sous la table du rabbin. Lorsqu’il le découvre, le rabbin comprend aussitôt le piège et s’enfuit avec sa famille. Mais, contrairement aux anciens Hébreux dont il est question dans le rite de Pessah, il n’y a pas de Terre promise où s’enfuir. Sa seule issue est de se réfugier dans le ghetto de Francfort.
Si vous avez l’occasion de passer dans la région, allez vous promener dans les ruelles médiévales et sur les remparts de Bacharach. Faites-le le soir, quand l’âme du rabbin de Bacharach vient effleurer les visiteurs attentifs.
