Ephéméride |Ayzik-Meyer Dik [24 Janvier]

24 janvier 1893

Décès à Vilna de Ayzik-Meyer Dik, le premier écrivain professionnel et auteur à succès de la littérature yiddish.

Né à Vilna, Ayzik Meyer Dik (généralement connu sous son pseudonyme Amad) reçoit une éducation juive traditionnelle et se marie jeune, s’installant dans la ville lituanienne de Zupran où il mène une vie agitée.
Quand sa première épouse meurt sans enfants, il épouse la fille d’un Hassid de Nesvizh (Nezyvius) qui entretient le couple malgré l’aversion de Dik pour le hassidisme. Pour Dik, le hassidisme et l’absence d’éducation occidentale moderne sont la cause principale de l’arriération des Juifs d’Europe de l’Est.

Il apprend l’allemand auprès d’un prêtre catholique, également le polonais et le russe. À la fin des années 1830, il retourne à Vilna, où lui et d’autres « maskilim » (adeptes du mouvement juif des Lumières) établissent un cercle culturel et leur propre synagogue appelée Tohorat ha-Kodesh. Il publie des articles savants en hébreu et correspond avec le ministre russe de l’éducation, le comte Sergei Uvarov, appelant à une réforme de l’éducation juive. Lorsque la première école juive moderne de Vilna est autorisée à ouvrir en 1841, Dik la rejoint et y enseigne pendant les 13 années suivantes.

En 1843, Dik, avec d’autres maskilim, signe une pétition demandant à Uvarov d’interdire les vêtements traditionnels juifs. En 1846, Dik fait partie de ceux qui soumettent un rapport à Moses Montefiore qui fait porter au régime répressif russe la responsabilité de la pauvreté juive. Suite aux plaintes de la communauté ultra-orthodoxe de Vilna, Dik est brièvement emprisonné jusqu’à ce que des amis influents obtiennent sa libération.
Dik soutient alors ardemment les réformes libérales d’Alexandre II (1855-1881). En 1860, il déclare qu’il écrira désormais en yiddish pour offrir aux non-éduqués une morale alternative à celle qu’on trouve dans les romans anciens et les contes miraculeux hassidiques. Tout en s’opposant au mouvement Ḥibat Tsiyon, Dik apprécie pleinement l’importance de l’émigration massive des Juifs vers Amérique et exhorte beaucoup de ses amis à partir, surtout après la sévère répression qui suit l’assassinat d’Alexandre en 1881.

Honnête, affable et strictement observant, Dik était très estimé dans la Vilna juive, mais lorsque l’école dans laquelle il enseigne est fermée en 1864, il souffre de grandes difficultés matérielles, aggravées par le fait qu’il n’est pas heureux en mariage. Pour joindre les deux bouts, il doit compter sur l’activité de prêts sur gage de sa femme et il écrit des histoires qu’il vend aux éditeurs de Varsovie pour des bouchées de pain.

Au début du XIXe siècle, les écrivains yiddish affrontent non seulement l’opposition des religieux orthodoxes mais aussi des éditeurs qui refusent d’imprimer leurs textes. Dik est le premier maskil dont les écrits sont acceptés par la célèbre maison d’édition juive Romm, qui lui signe un contrat en 1864, après qu’il ait perdu son travail d’enseignant. Une décision astucieuse, car l’oeuvre de Dik devient, et restera pendant des décennies, la principale source de revenus de l’entreprise.
Pour chacun des nombreux livres publiés ultérieurement par Dik sous leurs presses, Romm lui verse un montant forfaitaire de quatre roubles, sans royalties, alors que ces publications sont vendues à des centaines d’exemplaires.
Dans les dernières années de sa vie, Dik est gravement malade et pratiquement indigent. Quand il meurt en 1893, il est enterré dans le nouveau cimetière juif de Vilna. Seule une pierre tombale érigée plus tard témoigne de sa contribution littéraire.

Le meilleur de l’oeuvre de Dik est publié entre 1860 et 1875. Parmi ses meilleures histoires de cette période: « Yekele Goldshlager ou Yekele Mazltov »; « Reb Shmaye der gut-yontev biter »; « Der shadkhn »; « Reb Traytl der kleynshtetldiker noged »; « Di nakht fun tes-vav Kislev »; « Der ershter nabor »; et «Reb Shimen Barbun der rabiner fun Maynts oder der drayfakher troym».

Dans un yiddish simple et avec le ton moralisateur des premières brochures populaires, Dik subvertit les formes traditionnelles à travers la parodie et la satire. Il introduit des mots et des phrases en allemand et en russe, expliqués en détail entre parenthèses, tout en maintenant l’intérêt de ses lecteurs par des intrigues passionnantes. Dans ses introductions, et parfois même au milieu des histoires, il attaque ce qu’il considère comme des pratiques traditionnelles démodées et destructrices, comme le mariage des enfants mineurs et l’obligation pour les femmes de subvenir aux besoins de la famille pendant que les maris passent leur temps à étudier au chaud, près du poêle de la synagogue. Familier de la vie quotidienne des gens ordinaires, bon connaisseur des coutumes populaires, doué d’un regard acéré et d’une mémoire fidèle, Dik a grandement contribué à l’éveil socioculturel de la communauté juive lituanienne.

Les livres de Dik, imprimés dans la police de caractères carrés moderne appelée ivre-taytsh et vocalisée, étaient facilement accessibles non seulement à ses «chères lectrices» mais aussi aux lecteurs éduqués, qui les appréciaient pour leur utilisation de l’ethnographie, du folklore, de l’intertextualité novatrice, et de stratégies narratives intelligentes – toutes choses qui ont fortement influencé la fiction yiddish ultérieure.

(Source: Joseph Sherman, YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe)