2 février 1882
Naissance à Dublin de James Joyce, un des grands écrivains du XXe siècle.
James Joyce n’était pas juif et on ne peut pas dire que la présence juive ait jamais été très importante en Irlande, même si c’est à l’époque de Joyce qu’elle a connu son apogée.
Pourquoi donc a-t-il choisi de donner à Léopold Bloom, le principal personnage de son « Ulysse », considéré comme un des plus grands romans de la littérature moderne, une ascendance juive? Les critiques se perdent en conjectures. Pour les uns, il s’agit d’une oeuvre antisémite. Pour les autres Bloom représente Joyce lui-même et son sentiment d’étrangeté vis-à-vis de la société irlandaise de son temps.
Léopold Bloom fait son apparition au quatrième chapitre du roman avec les mots suivants:
« Monsieur Leopold Bloom se régalait des entrailles des animaux et des volatiles. Il aimait une épaisse soupe d’abats, les gésiers au goût de noisette, un cœur farci rôti, des tranches de foie panées frites, des laitances de morue frites. Plus que tout il aimait les rognons de mouton grillés qui lui laissaient sur le palais la saveur légèrement acidulée d’un délicat goût d’urine. »
Je laisse chacun décider s’il s’agit d’un éloge de la cuisine de nos grand-mères.
Les Juifs ont élu domicile en Irlande pendant des siècles, et nombre d’entre eux sont devenus des personnalités éminentes de la politique, des affaires et de la théologie. L’Irlande a donné Chaim Herzog, le sixième président d’Israël, et donc Leopold Bloom.
Cependant, la communauté juive irlandaise peut difficilement être qualifiée de prospère, et les Juifs n’ont pas toujours été bien accueillis dans ce pays à prédominance catholique. Pendant la Shoah, l’Irlande a refusé de donner asile aux Juifs qui cherchaient à échapper aux nazis, et l’antisémitisme y a été un problème mineur mais persistant.
Les Juifs sont arrivés en Irlande en 1079, lorsqu’un groupe de cinq marchands, probablement originaires de Normandie, demanda à être admis et fut rejeté, selon les « Annales d’Inisfallen », une chronique de l’histoire médiévale de l’Irlande. Il y eut des Juifs en Irlande au cours des 12ème et 13ème siècles, mais quand la Grande-Bretagne expulsa tous ses Juifs en 1290, les Juifs d’Irlande furent, eux aussi, forcés de partir.
Une communauté juive ne fut rétablie qu’à la fin du XVe siècle, quand des rescapés de l’Inquisition en Espagne et au Portugal y cherchèrent refuge. Au cours des 3 siècles, il n’y eut qu’une poignée de Juifs, installés en Irlande, la plupart pour fuir les persécutions dans d’autres parties de l’Europe. La plupart des Juifs vivaient (et vivent encore) dans et autour de Dublin, mais il y eut une congrégation à Cork de 1725 à 1796, et une autre fut établie vers 1860. Ces communautés étaient principalement constituées par des importateurs, en particulier des importateurs de vin.
Les missionnaires catholiques eurent quelques succès dans la conversion des Juifs et à la fin des années 1700, la synagogue de Dublin fut forcée de fermer ses portes. Le refus du gouvernement d’accorder la citoyenneté aux Juifs, alors que des lois accordaient la citoyenneté à d’autres ressortissants étrangers, y contribuèrent sans doute.
En 1882, un petit groupe de Juifs venus d’Allemagne, de Pologne et d’Angleterre et commença à rebâtir activement une communauté juive. La population juive passa de 453 en 1881 à près de 4 000 en 1901. De petites communautés émergèrent à Limerick, Waterford, Belfast et Londonderry. Au fur et à mesure que la communauté prenait de l’ampleur, l’inquiétude du clergé catholique irlandais grandissait. Un prêtre en particulier, le Père John Creagh de Limerick, se sentit menacé par les Juifs et délivra une série de sermons incendiaires qui encourageaient les catholiques à boycotter les commerçants juifs et, dans certains cas, à commettre des actes de violence.
On pense que Creagh put avoir été influencé par l’affaire Dreyfus à l’occasion d’un voyage en France. Quelle qu’ait été sa motivation, il réussit assez bien à chasser les Juifs de Limerick. Les boycotts supprimant leur gagne-pain et les attaques physiques et verbales menaçant leur sécurité, la plupart des Juifs de Limerick fuirent le pays. Cependant, après quelques années, Creagh fut déplacé à Belfast par ses supérieurs, et la communauté de Limerick se rétablit pendant la Première Guerre mondiale.
Bien que la communauté juive irlandaise n’ait jamais officiellement pris parti dans le conflit entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, elle fut généralement réputée être sympathique à la cause nationaliste irlandaise. L’insurrection de Pâques 1916 vit de nombreuses maisons juives donnant abri aux insurgés, et Robert Briscoe, premier maire juif de Dublin (mais pas le premier maire juif d’Irlande – cet honneur revient à William Annyas, élu en 1555), fut lui-même membre de l’Armée républicaine irlandaise. L’ancien grand rabbin d’Irlande, le Dr. Isaac Herzog, était un ami du Taoiseach (Irlandais pour le Premier ministre) Eamon de Valera. De plus, un avocat juif, Michael Noyk, défendit des membres du parti républicain irlandais Sinn Fein et était ami avec Michael Collins, le nationaliste républicain irlandais. La constitution irlandaise de 1937 reconnut le judaïsme comme religion minoritaire, et les Juifs furent assurés de ne pas subir de discrimination.
Les Juifs d’Irlande s’engagèrent dans l’activisme anti-nazi dès 1933, lorsque le grand rabbin Herzog organisa des manifestations contre le Troisième Reich. Robert Briscoe, qui était à l’époque un législateur éminent et respecté du parti Fianna Fáil, ne cessa pas de prendre position contre l’antisémitisme. Mais les efforts de Herzog et Briscoe n’eurent aucun effet en 1938 à la conférence internationale d’Evian-Les-Bains. C’est à Evian que les dirigeants mondiaux s’étaient réunis pour discuter du problème des réfugiés juifs européens et l’Irlande ferma ses portes à tous les réfugiés.
Frank T. Cremins, le représentant irlandais, insista sur le fait que l’Irlande avait suffisamment de mal à subvenir aux besoins de sa population autochtone et n’était pas en mesure de soutenir un afflux d’immigrants. Le ministère de la Justice publia un mémorandum citant spécifiquement les Juifs comme un problème: « Comme les Juifs ne s’assimilent pas à la population autochtone, comme les autres immigrants, il y a un danger que toute augmentation importante de leur nombre puisse créer un problème social. »
La Seconde Guerre mondiale fut une période difficile pour les Juifs du monde entier, mais la communauté juive irlandaise resta relativement en sécurité. L’Irlande était considérée comme un pays neutre, mais une certaine sympathie anti-britannique conduisit à un soutien limité de l’Allemagne, principalement dans l’idée que «l’ennemi de mon ennemi est mon ami».
La conférence de Wannsee en 1942, prévoyait d’envoyer les 4000 Juifs d’Irlande à la mort, dans l’hypothèse où l’Irlande finirait par tomber sous le contrôle du Troisième Reich. Pari perdu pour les nazis. Il n’y eut qu’une seule victime juive irlandaise connue de la Shoah, parce qu’elle se trouvait en France.
Cependant, la communauté juive irlandaise contribua au sauvetage de centaines d’enfants juifs de Vienne. Les enfants échappèrent aux nazis grâce à un train de « Kindertransport » et furent emmenés dans une ferme du comté de Down, en Irlande du Nord. La ferme avait été louée par la communauté juive de Belfast en 1938 avec l’aide et le soutien des Juifs de la République.
Une fois la guerre terminée, le Taoiseach Eamon de Valera autorisa plus de 100 orphelins de Tchécoslovaquie à séjourner au château de Clonyn à Delvin, pendant environ 15 mois avant d’émigrer aux États-Unis, en Israël et au Royaume-Uni.
La population juive d’Irlande connut son apogée vers la fin des années 40 avec 5500 membres. On l’estime aujourd’hui à moins de 2000 membres.
Le roman « Ulysse » est censé se dérouler sur une seule journée, le 16 juin 1904, entre 8 heures du matin et 3 heures dans la nuit. Chaque 16 juin, les Irlandais fêtent le « Bloomsday », avec des lectures, des représentations théâtrales et maintes pintes de bière.
Le pub irlandais, considéré comme le meilleur de Tel-Aviv, porte le nom de « Molly Bloom », l’épouse infidèle de Léopold dans le roman. C’est une catholique mais des critiques ont conclu que sa mère, Lunita Laredo, une espagnole de Gibraltar, devait être une juive séfarade.
