13 juin 1881
Naissance à Polotsk de Maryashe (Mary) Antin, militante pour les droits des immigrés aux Etats-Unis.
« Je pensais que c’était un miracle », s’exclame Mary Antin dans son autobiographie, « The Promised Land », écrite alors qu’elle n’avait que trente ans, « que moi, Mashke, la petite-fille de Raphael le Russe, née pour un humble destin, me sente chez moi dans une métropole américaine, sois libre de façonner ma propre vie, et rêve mes rêves en phrases anglaises. »
Cette auteure et conférencière, championne de l’immigration libre et ouverte, célèbre dans sa vie et son travail l’expérience d’immigrant et l’opportunité illimitée de l’Amérique.
Née à Polotsk dans la Zone de Résidence, le 13 juin 1881, de Israël Pinchus et Esther Khaye Antin, Maryashe Antin était la deuxième de six enfants. Pendant une brève période de son enfance, alors que l’entreprise familiale prospérait, elle étudia avec des tuteurs privés. Mais une maladie grave ruina l’entreprise. En 1891, incapable de gagner sa vie, son père partit, avec des centaines de milliers d’autres, chercher fortune en Amérique.
Tandis que leur mère assumait seule le fardeau de la famille, Antin et sa sœur aînée se retrouvèrent au travail comme apprenties. Après trois longues années, leur père réussit à économiser suffisamment pour faire venir sa femme et ses enfants. Au début du printemps de 1894, Esther Antin et ses enfants quittèrent Polotsk pour Boston.
Alors que l’Amérique ne répondit jamais au rêve de prospérité d’Israël Antin – ses diverses entreprises échouèrent -, elle tint sa promesse d’égalité des chances. L’éducation maintint le rêve américain en vie pour Maryashe – devenue Mary – et ses frères et sœurs plus jeunes. Des années plus tard, en décrivant le jour où ils partirent fièrement pour l’école, elle écrivit que par « le simple fait de délivrer nos attestations pour école. . . mon père avait pris possession de l’Amérique. »
Comme les autres enfants d’immigrants, à l’époque où l’affectation à une classe étaient déterminée par la compétence en anglais plutôt qu’en fonction de l’âge, Mary, qui avait alors treize ans, dut se serrer derrière un pupitre destiné à un enfant de maternelle.
Son intelligence et ses dons littéraires évidents impressionnèrent rapidement ses professeurs. Désireux de montrer ce qu’un enfant immigré pouvait accomplir en seulement quatre mois, l’un d’entre eux envoya une composition d’Antin intitulée « Neige » au magazine « Primary Education ». En voyant son nom imprimé pour la première fois, Antin décida de devenir écrivain.
Guidée par ses professeurs, elle parcourut le secondaire en quatre ans. En même temps, elle commença à mettre en oeuvre son ambition littéraire. La publication de ses poèmes dans les journaux de Boston fit d’elle une célébrité locale. A la délivrance de son diplôme d’études secondaires obtenu en 1898, sa carrière remarquable fut mise en exergue « comme une illustration de ce que le système américain d’éducation libre et l’immigrant européen pouvaient s’apporter mutuellement. » Pour ceux qui défendaient la capacité de la nation américaine à assimiler l’immigrant et la capacité de l’immigré à enrichir l’Amérique, Mary Antin devint un symbole.
Au courant du besoin désespéré de la famille de mettre tout le monde au travail pour joindre les deux bouts, Hattie L. Hecht, un dirigeant communal juif local, persuada Philip Cowen, rédacteur en chef de « The American Hebrew », d’organiser la publication du premier livre d’Antin.
Pendant l’été de 1894, la correspondante invétérée, âgée de treize ans, avait décrit à un oncle dans ses lettres le voyage de la famille. Traduites du yiddish et en raison d’une faute d’impression du nom de sa ville, ces lettres devinrent « De Plotzk à Boston » (1899). Le revenu des ventes du livre permit à Antin de poursuivre ses études dans le premier lycée pour jeunes filles de Boston, la « Girls Latin School », et de rêver du jour où elle entrerait à l’université.
Mais l’école, l’écriture et les tâches ménagères n’occupaient pas tout son temps. Lors d’un voyage d’études parrainé par la Hale House, un établissement située à South End, elle rencontra le géologue Amadeus William Grabau (1870-1946), fils et petit-fils de pasteurs luthériens d’origine allemande. Les deux tombèrent amoureux et se marièrent à Boston le 5 octobre 1901.
De Harvard, où il avait terminé son doctorat, Amadeus Grabau partit pour la faculté de l’université Columbia. Là, Mary réalisa son rêve d’aller à l’université, d’étudier à l’institut pédagogique de Columbia (1901-1902) et au Barnard College (1902-1904), mais sans obtenir de diplôme. Et avant longtemps, la naissance de leur enfant unique, Josephine Esther, compléta le tableau domestique.
Mais malgré sa nouvelle famille, les ambitions de Mary pour l’écriture ne diminuèrent pas. Alors que la plupart de ses poèmes restaient inédits, Josephine Lazarus, une transcendantaliste, soeur de la poétesse Emma Lazarus et membre du nouveau cercle d’amis de Mary, la convainquit d’écrire son autobiographie. La mort de Joséphine Lazarus en 1910 incita Mary à commencer. En septembre 1911, « The Atlantic Monthly » publiait « Malinke’s Atonement » (L’expiation de Malinke », une nouvelle étonnante située à Polotsk sur une « pauvre fille ignorante » de neuf ans, qui, après une épreuve de foi audacieuse, obtient l’accès à l’interdit – une éducation « la même que celle d’un garçon ». Deux mois plus tard, l’Atlantic Monthly publia la première partie de ce qui devint son œuvre la plus connue, « The Promised Land » (La terre promise (1912).
Dans « The Promised Land », Mary Antin décrit sa vie à Polotsk et à Boston. Epousant le mythe du rêve américain, elle montrait comment l’idée de l’Amérique allait à l’encontre de l’oppression économique, politique et culturelle en l’Europe. Elle pointait son propre succès d’adolescente comme preuve des possibilités abondantes offertes aux immigrants qui abandonnait l’ancien monde pour embrasser de tout cœur le nouveau. « The Promised Land » lui apporta une renommée nationale. Près de 85 000 exemplaires furent vendus avant sa mort.
Antin continua à écrire des nouvelles pour l’Atlantic Monthly et des articles d’opinion pour Outlook. La même année où « The Promised Land » parut, elle s’engagea dans la campagne pour la présidence de Theodore Roosevelt. L’amitié de l’ancien président confirmait ce qu’elle avait si longtemps affirmé – que rien ne faisait obstacle à l’immigration en Amérique. Et Roosevelt révéla sa propre dette envers leur amitié quand il écrivit qu’il était devenu un partisan zélé du suffrage des femmes précisément grâce à son association avec des femmes comme Mary Antin.
De 1913 à 1918, Mary parcourut les États-Unis, donnant des conférences, souvent à des organisations juives, sur les thèmes exposés dans « The Promised Land ». Dans le livre, elle avait, non seulement célébré le rêve américain, mais aussi, peut-être étonnamment, défendu le sionisme.
Bien qu’auparavant elle avait constaté que son héritage juif s’effaçait devant le passé américain qui était sien désormais, elle n’avait jamais répudié son identité juive.
Malgré son mariage mixte, sa quête ardente de l’américanisation et son abandon de la piété du shtetl d’Europe de l’Est, elle soutint dans le magazine sioniste « The Maccabaean » que « quand je prends position pour la bannière sioniste, » ce « n’est en aucun cas incompatible avec une dévotion civique complète » envers l’Amérique. Peut-être que son retour à Polotsk après son mariage – une visite dont on sait peu de choses – avait alimenté ces sentiments.
En 1914, elle fit suivre le succès de « The Promised Land » de son dernier livre, « They Who Knock at Our Gates » (Ils frappent à nos portes), un ouvrage polémique contre le mouvement de restriction de l’immigration. malgré un bon accueil, cette oeuvre fut moins populaire que ses promenades autobiographiques.
L’entrée de l’Amérique dans la Première Guerre mondiale entraîna une grave crise personnelle qui changea définitivement sa vie. Tandis qu’elle se lançait dans des conférences pour la cause alliée, son mari exprimait ses sympathies pro-allemandes avec force, provoquant une grave rupture dans leur foyer. En 1918, inquiète de leur éloignement, Antin subit une attaque de ce qui fut alors diagnostiqué comme de la neurasthénie, dont elle ne récupéra jamais complètement.
La maladie l’amena à se retirer de la vie publique. En 1919, quand les sympathies pro-allemandes d’Amadeus Grabau eurent rendu sa situation à Columbia intenable, lui et Mary se séparèrent. L’année suivante, il partit pour la Chine. Bien que le couple ait plus tard correspondu, la maladie et la guerre empêchèrent Antin de se rendre à Pékin, où son mari mourut en 1946.
Après la séparation, Mary quitta New York pour le Massachusetts. Elle partageait son temps entre une communauté d’aide sociale à Great Barrington, connue sous le nom de Gould Farm, la maison familiale à Winchester, et son propre appartement à Boston. Elle fut briévement hospitalisée et travailla également comme assistante sociale dans un hôpital. Par la suite, attirée par l’anthroposophie de Rudolph Steiner, elle tenta dans «The Soundless Trumpet» (1937), un de ses très rares essais tardifs, de transmettre la puissance de ces nouvelles idées mystiques, mais sans grand succès.
Intellectuellement alerte, mais physiquement handicapée dans ses dernières années, Mary Antin résida avec ses sœurs américaines plus jeunes. Elle mourut d’un cancer le 15 mai 1949, à Suffern, dans l’état de New York.
De nombreux mémoires et romans ont relaté la vie des immigrants juifs depuis la première parution de « The Promised Land » en 1912. Néanmoins, pour sa célébration de l’Amérique et comment elle avait transformé la Maryashe née à l’étranger, en Mary Antin, auteure, citoyenne et interprète de l’expérience ides immigrants, l’autobiographie de Mary Antin reste l’oeuvre par excellence du genre.
(Source: Pamela S. Nadell in Jewish Women’s Archive)
