Ephéméride | « People’s Relief Committee » [ 8 Août ]

8 août 1915

Un groupe de socialistes laïques parlant le yiddish forme « le People’s Relief Committee » (PRC). Le Joint Distribution Committee (JDC) accepte le PRC en tant que troisième membre constituant mais limite les activités de l’organisation à la collecte des fonds auprès de la communauté juive non orthodoxe.

Dans mon enfance, j’entendais si souvent parler du « Joint » (prononcé Djoynt) que je me figurais que c’était un mot yiddish. Je suppose que d’autres membres qui ont vécu l’après-guerre dans des familles de « greeners » rescapés et démunis, ont partagé cette expérience.
Je me rappelle la déception de mes parents en découvrant le contenu d’un gros colis envoyé par le « Joint »: des centaines de tubes dentifrice venant des surplus de l’armée américaine! Si encore, c’avait été des paquets de cigarettes ou des bas en nylon, on aurait pu les revendre.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, à l’été 1914, près des trois quarts des Juifs du monde vivaient en Europe et au Moyen-Orient. Alors que les combats se propageaient dans le monde entier et que l’Empire ottoman coupait la Palestine du monde extérieur, les Juifs d’Europe orientale et du Yishuv, qui souffraient déjà de la pauvreté et de la discrimination, couraient des risques accrus de famine et de maladie.
Le 4 octobre 1914, l’Union des congrégations juives orthodoxes, principalement des Juifs nés en Europe de l’Est, créa le Comité central de secours aux Juifs souffrant de la guerre ou le Comité central de secours (CRC) pour aider les Juifs pris combat.
Peu après, le 25 octobre 1914, le Comité juif américain, composé principalement de Juifs réformés d’origine allemande, fonda le Comité de secours juif américain pour les victimes de la guerre (AJRC).
Le 27 novembre 1914, des représentants des deux organisations formèrent « the American Jewish Joint Distribution Committee » (JDC), en abrégé le « Joint », afin de coordonner la distribution des fonds aux groupes locaux, aux gouvernements et aux organisations de secours à l’étranger.

Au début de juin 1915, un groupe de Juifs laïques se réunirent en vue de créer un comité organisateur pour un autre comité de secours. Après une réunion d’organisation le 30 juillet 1915, le 8 août 1915, le « People’s Relief Committee for Jewish War Sufferers » (Comité de secours aux victimes juives de guerre) (PRC) fut officiellement créé lors d’une réunion à l’Alliance éducative.
Ce comité était composé de Juifs laïcs parlant le yiddish. principalement des groupes ouvriers et socialistes, des loges, des syndicats, des branches du « Arbeter Ring » et quelques groupes radicaux, ainsi que des sionistes. Le PRC attirait principalement ceux qui ne pouvaient se permettre de faire que des petits dons et n’appartenaient pas à la communauté orthodoxe. Ce groupe n’avait jamais participé aux appels de collecte de fonds.
Le 29 novembre 1915, le PRC se joignit au « Joint ». Les trois comités constituants collectaient les fonds séparément tandis que le JDC était responsable de la distribution générale des fonds aux victimes de guerre juives d’Europe orientale et de Palestine. La PRC envoya également de l’argent et des fournitures directement à diverses communautés.

En dépit de l’aversion traditionnelle des socialistes envers la charité et de la conviction que la philanthropie allait contre les travailleurs, les membres du PRC reconnurent que la situation des Juifs en Europe et en Palestine était suffisamment grave pour dépasser ces principes.
L’organisation menait principalement ses collectes de fonds par le biais de bazars, des dons de personnes dans la rue et de collectes de maison en maison. Il y avait aussi des tournées de discours et de concerts, parfois en collaboration avec le CRC, l’AJRC et le JDC.
Grâce à des campagnes de recrutement régulières menées dans les clubs socialistes, les branches due l’Arbeter Ring et les syndicats, au plus fort de la guerre, le People’s Relief Committee comptait plus de 300 000 membres dans des antennes régionales aux États-Unis et au Canada, avec des relations à Cuba, en Argentine, au Brésil, au Chili et dans d’autres parties de l’Amérique centrale et du Sud et des Antilles. Le PRC recueillit des centaines de milliers de dollars chaque année, souvent sous la forme de petits dons. Même les contributions d’un sou étaient admises et donnaient lieu à des reçus imprimés.
Avec les deux autres comités de secours, la PRC participa à la campagne du « Joint » visant à recueillir 10 millions de dollars en 1917. La proclamation par le Président Wilson du 27 janvier 1916, comme Journée nationale de secours juif, une journée pour faire des dons spécifiquement destinés aux fonds de secours juifs, contribua grandement à ces efforts. Elle fut à nouveau célébrée le 27 janvier 1917.

De nombreux politiciens éminents, des écrivains et des intellectuels yiddish, des dirigeants syndicaux, des médecins, des éducateurs, des avocats et d’autres personnalités s’impliquèrent dans le Comité de secours aux populations. Parmi eux, Meyer London, président fondateur (cf l’éphéméride du 6 juin dernier: https://www.facebook.com/groups/YiddishPourLesNuls/permalink/890976371084742/;
les vice-présidents Sholem Asch, Samuel Ellsberg et Jacob Pankin; Alexander Kahn, président; Boris Fingerhood, secrétaire; et Baruch Zuckerman, directeur exécutif. Parmi les autres membres bien connus figuraient Louis Lipsky, Max Pine, Morris Rothenberg, Benjamin Schlesinger, Joseph Schlossberg, Jacob Milch, A. Litwak, Abe Cahan, Adolph Held, Ephim H. Jeshurin, Chonen J. Minikes, David Pinski, R. Guskin. et Boruch Vladeck.

Entre 1914 et 1929, le JDC reçut 78,7 millions de dollars des Juifs vivant aux Etats-Unis. Le JDC fut conçu comme une organisation d’aide temporaire mais la paupérisation des Juifs en Europe de l’Est, la volonté soviétique de les fixer sur des terres, ou la violence arabe continue contre les Juifs de Palestine nécessita son maintien jusqu’à la Shoah. Dans la décennie qui suivit la Première Guerre mondiale, le JDC devint à l’étranger la principale organisation communautaire de secours et de réhabilitation. En plus du financement par l’aide directe, les agents du JDC financèrent, grâce à l’American-Jewish Joint Agricultural Corporation, l’installation de Juifs soviétiques sur des terres, principalement en Ukraine et en Crimée, et favorisèrent le développement économique des Juifs vivant en Palestine grâce à la Palestine Economic Corporation.

La crise économique aux Etats-Unis réduisit considérablement les fonds disponibles pour le JDC et, en 1932, ses dirigeants durent renoncer à leurs projets de développement.

Avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, le JDC se concentra sur l’aide aux Juifs restant en Allemagne et sur l’assistance aux réfugiés juifs fuyant le nazisme, tout en continuant à fournir un soutien aux communautés juives d’Europe de l’Est. En avril 1933, le siège européen du JDC à Berlin fut transféré à Paris après avoir été mis à sac par des voyous nazis. Malgré la Grande Dépression, les contributions à la JDC augmentèrent à mesure que les Juifs américains devinrent conscients des dangers et des difficultés auxquels étaient confrontés leurs coreligionnaires européens. Pendant toute cette décennie, le JDC dressa un tableau réaliste de la situation des Juifs d’Europe et réussit à réunir d’importantes contributions.

Le JDC contribua à aider au moins 190 000 Juifs à quitter l’Allemagne entre 1933 et 1939 et permit à 80 000 de quitter l’Europe. Le JDC soutint différents projets d’installation de réfugiés en Amérique latine, dont une colonie juive à Sosua en République dominicaine et une autre en Bolivie. Les fonds du JDC contribuèrent également au financement d’un programme de secours pour 20 000 Juifs allemands et autrichiens réfugiés à Shanghai, en Chine.

Neuf mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, le JDC fut contraint de fermer ses bureaux à Paris face à l’avancée allemande en 1940 et de s’installer à Lisbonne au Portugal.

En 1939, le JDC augmenta sa capacité de collecter des fonds en créant, conjointement avec la United Palestine Appeal et la National Coordinating Committee for Aid to Refugees, la United Jewish Appeal (UJA). Alors qu’entre 1929 et 1939, le JDC récolta et dépensa environ 25 millions de dollars, il recueillit plus de 70 millions de dollars entre 1939 et 1945 et environ 300 millions de dollars entre 1945 et 1950.

Jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, le JDC envoya de la nourriture et de l’argent en Pologne, en Lituanie et dans les autres pays occupés par l’Allemagne. Il fournit de l’argent pour venir en aide aux Juifs menacés dans toute l’Europe, y compris à ceux qui étaient pris au piège dans les ghettos en Pologne (au moins pendant les premiers mois de l’existence des ghettos). Il finança des orphelinats, des centres pour les enfants, des écoles, des hôpitaux, des maisons communautaires, des soupes populaires et diverses institutions culturelles.

Après l’entrée en guerre des Etats Unis, le JDC ne fut plus autorisé à travailler dans les territoires contrôlés par les Allemands mais continua néanmoins à acheminer des fonds clandestins dans les ghettos de Pologne sous occupation allemande grâce à son bureau suisse dirigé par Saly Mayer. Ce dernier avait des contacts en Suisse — dont des responsables du Comité international de la Croix Rouge — qui étaient en lien avec des organisations clandestines polonaises. Le JDC contribua également de manière significative aux activités du War Refugee Board des Etats-Unis (WRB) dès sa création en 1944.

Acheminés par l’intermédiaire de légations neutres, les fonds du JDC facilitèrent le sauvetage de Juifs de Hongrie en 1944 et aidèrent les Juifs roumains pendant les dernières années du règne du Maréchal Ion Antonescu. Le JDC fournit également des fonds pour aider les refuges pour enfants sous protection internationale à Budapest et finança partiellement les opérations de sauvetage menées par des diplomates de pays neutres, comme Raoul Wallenberg et Carl Lutz. Le JDC envoya également des milliers de colis de secours aux réfugiés juifs en Union soviétique.

Le JDC apporta une assistance matérielle et facilita l’émigration des réfugiés qui avaient fui dans des pays neutres tels que le Portugal et la Turquie, ou qui avaient trouvé refuge dans d’autres pays de l’Axe, dont la France de Vichy et le Japon. Entre 1939 et 1944, les responsables du JDC aidèrent 81 000 Juifs européens à obtenir l’asile dans différents endroits dans le monde. Après la libération de Paris en août 1944, le bureau central du JDC fut rouvert.

Après la guerre, le JDC — travaillant en collaboration avec l’Agence juive pour la Palestine, la Société d’aide aux immigrants juifs (Hebrew Immigrant Aid Society, HIAS) ainsi que d’autres organisations — devint la principale organisation juive à aider financièrement les victimes juives de la Shoah résidant dans les camps de personnes déplacées en Allemagne, en Autriche et en Italie. Le JDC fournit de la nourriture pour compléter les rations officielles ainsi que des vêtements, des livres et du matériel scolaire pour les enfants. Il finança des équipements culturels et acheta des objets de culte pour les communautés. Entre 1945 et 1950, environ 420 000 Juifs devinrent bénéficiaires du JDC en Europe orientale. Ce dernier dépensa plus de 300 millions de dollars en aide et envoya une armée de professionnels (médecins, infirmières, enseignants, travailleurs sociaux et administrateurs) pour répondre aux besoins d’environ 700 000 personnes chaque mois aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des camps de personnes déplacées.

A partir de 1947, une part croissante du budget du JDC fut consacrée à aider les réfugiés à émigrer d’Europe. Entre 1947 et la fondation de l’Etat d’Israël en mai 1948, le JDC aida quelque 115 000 réfugiés à gagner la Palestine. Les membres du JDC fournirent également secours et assistance aux candidats à l’immigration que les Britanniques internaient à Chypre. Après la création d’Israël, le JDC continua de faciliter l’immigration juive vers le nouvel Etat.

A la fin de 1950, environ 440 000 Juifs avaient atteint Israël avec l’aide du JDC : 270 000 étaient des réfugiés d’Europe, 167 000 étaient des réfugiés de pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, dont 46 000 en provenance du Yémen arrivés par avion de la colonie britannique d’Aden par l’opération « tapis magique ».

(Sources: Guide to the People’s Relief Committee for Jewish War Sufferers Records, 1915-1924; Encyclopédie multimédia de la Shoah)