30 août 1938
Décès à Los Angeles de Max Factor. Il changea la face du monde (du moins de sa meilleure moitié).
Maksymilian Faktorowicz naquit le 15 septembre 1872 dans la ville polonaise de Zduńska Wola, à l’ouest de Lodz. Son père, Abraham Faktorowicz, était probablement un ouvrier textile de Łódź. Sa mère, Cecylia Tandowska, décéda deux ans plus tard.
Max était l’un des 10 enfants du couple et reçut une éducation formelle limitée. Dès l’âge de 7 ans, il vendait des oranges dans le hall du théâtre Czarina à Lodz. Plus tard, il en parlait comme de « son introduction au monde de l’imagination ».
A 8 ans, un emploi chez un pharmacien l’introduisit au domaine de la chimie. Il fut suivi par une place de débutant chez un perruquier. Comme si ses années d’apprentissage avaient dû le préparer à toutes les disciplines nécessaires à sa conquête future du royaume des cosmétiques.
À 13 ans, il travaillait pour le coiffeur berlinois Anton, avant de partir, à 14 ans, pour Moscou, où il travailla pour Korpo, le perruquier et esthéticien du Grand Opéra Impérial de Russie.
Il avait occupé tous ces postes avant l’âge de 18 ans. Il dut alors commencer ses quatre années de service militaire dans l’armée du tsar. Il y servit dans le corps médical comme infirmier.
Ce fut l’étape suivante de la biographie de cinéma de Max Factor qui changea sa vie. Après avoir quitté l’armée, il ouvrit un magasin dans la banlieue de Moscou, où il vendait des cosmétiques, des perruques et des parfums. Un jour, un membre d’une troupe de théâtre qui partait se produire à la résidence d’été de la cour impériale s’arrêta dans sa boutique. Lea qualité de sa prestation le fit quasiment adopter par la cour.
Il était si réputé et apprécié comme coiffeur à la Cour impériale de Russie qu’il devait travailler la plupart du temps sous escorte militaire. Outre ses avantages évidents, cette dévolution signifiait qu’il était constamment appelé par une catégorie de clients possessifs. Non seulement finit-il par négliger ses affaires privées, mais quand il épousa Esther Roza, il se sentit obligé de garder le mariage secret, ainsi que les trois naissances qui s’en suivirent rapidement. A cette pression personnelle s’ajoutait à la montée de l’antisémitisme dans l’empire au début du XXe siècle.
Finalement, Factor décida que les temps étaient mûrs pour partir rejoindre un de ses frères à Saint-Louis, qui était au dernier stade des préparatifs pour l’exposition universelle.
Utilisant un de ses secrets de maquillage pour simuler une jaunisse afin d’échapper aux agents du tsar, et aidé par un général qui l’avait pris en amitié, il embarqua avec sa famille pour le Nouveau Monde.
Il arriva à Ellis Island le 25 février 1904, et ce jour-là Maksymilian Faktorowicz se métamorphosa en Max Factor.
Factor avait quitté la Russie avec les 40 000 dollars qu’il avait épargnés au cours de son emploi à la Cour. Cela lui permit d’ouvrir un stand de rouges et de crèmes à la foire mondiale de St. Louis. Malheureusement, son associé lui vola son stock et ses recettes.
En mars 1906, Esther Factor mourut, le laissant avec quatre enfants. Quelques mois plus tard il épousa sa seconde femme, mais ils divorcèrent après un an de mariage – et la naissance d’un autre enfant. Max conserva la garde des enfants.
Mais Factor était du genre coriace et en janvier 1908, après avoir épousé Jennie Cook, une voisine, il partit à la conquête de l’ouest, non pour y garder des vaches, mais pour séduire Hollywood. Il avait déjà anticipé les opportunités qui attendaient un perruquier et un esthéticien dans l’industrie cinématographique naissante. Il ouvrit d’abord une boutique de location de perruques pour les figurants des films, « Max Factor’s Antiseptic Hair Store ». Il y ajouta bientôt la prestation de maquillage. Il gravit ensuite un échelon supplémentaire, en se chargeant du maquillage des stars. C’est alors qu’il inventa le terme qui signifie désormais maquillage dans la langue anglaise, « makeup ».
Il était devenu si populaire et si demandé qu’il ouvrit son propre « Makeup Studio », son salon de maquillage.
Dans ce salon, il y avait un code couleur des pièces pour ses clientes: une pièce avec des murs pêche pour les « brunettes », une avec des murs bleu poudré pour les blondes, et une vert menthe pour les rousses. « Chaque fois qu’il y a du rouge dans la chevelure », disait-il, « le vert sera seyant ».
Parmi les nombreuses réussites de Faktorowicz, il faut citer les lèvres en forme de cœur de Clara Bow, la « It Girl » d’Hollywood et peut-être sa première rousse célèbre, le look blond platiné de Jean Harlow, qu’elle entretenait avec un lavage hebdomadaire d’ammoniac, de Clorox et de flocons de savon Lux, et les sublimes boucles cuivrées de Rita Hayworth.
Rita Hayworth est la star qui vient le plus souvent à l’esprit lorsqu’on pense à « Hollywood » et « rousse », même si elles ont été filmées en noir et blanc plutôt qu’en couleur. Elle rendit les hommes fous de désir dans ses nombreux rôles, et particulièrement celui de la séductrice et femme du monde « Gilda » en 1946. Sa transformation par la magie du maquillage la faisait soupirer: « Les hommes se couchent avec Gilda, mais ils se réveillent avec moi. »
Pour donner un caractère « scientifique » à son travail, Faktorowicz mit au point un appareil, le « micromètre de beauté », qui permettait de détecter de minuscules défauts dans le visages des actrices. Sans un traitement particulier de ces défauts au moyen du maquillage, affirmait-il, ces défauts sauteraient aux yeux sur grand écran.
Au cours des trois décennies suivantes, Max Factor créa un empire en proposant des solutions à chacun des défis posés par les nouvelles technologies. Chaque progrès technique exigeait des adaptations des technologies existantes, et impliquait inévitablement des conséquences sur la manière dont la couleur et la texture de la peau étaient photographiées.
L’enregistrement du son, par exemple, captait le sifflement des lampes à arc au carbone, nécessitant le passage à l’éclairage au tungstène. Ces lampes étaient plus silencieuses, mais leur lumière était plus douce et l’ancienne pellicule Orthochromatic, utilisée depuis la naissance de l’industrie du film, n’est plus assez sensible pour enregistrer correctement les visages sous le nouvel éclairage. La nouvelle pellicule ultrasensible Panchromatic qui la remplaçait rendait les visages plus sombres, nécessitant la modification de toute la gamme de cosmétiques Max Factor pour le cinéma.
Avec son fils Frank, Max trouva des solutions pour chaque nouvelle situation et, ce faisant, constata qu’il était devenu indispensable pour les stars qu’il aidait à paraître à l’écran sous leur meilleur visage – Gloria Swanson, Pola Negri, Jean Harlow, toutes devinrent ses clientes. La réponse de Factor à l’apparition du Technicolor fut la gamme de maquillage pour le visage Pan-Cake, plus poreuse que ses prédécesseures et qui empêchait les couleurs environnantes de se refléter sur les visages. Les produits Pan-cake eurent tellement de succès que les femmes ne cessaient de les voler dans les studios pour s’en servir chez elles.
Lorsque Frank sortit une gamme de cosmétiques Pan-Cake pour le grand public, elle devint rapidement la ligne de produits la plus vendue dans l’histoire de la profession.
C’est peu après la sortie de cette gamme que Max, au cours d’un voyage en Europe, fut victime d’un chantage avec menaces de mort. Profondément perturbé, il rentra chez lui en Californie, où il dut s’aliter. Peu de temps après, le 30 août 1938, il mourut à l’âge de 65 ans.
Sous la direction de Max Jr. (né Frank), la société continua de se développer dans le secteur de la grande consommation tout en proposant des produits de maquillage adaptés à l’essor de la télévision après la Seconde Guerre mondiale.
La société entra en bourse au début des années 1960. En 1973, elle fusionna avec la holding Norton Simon.
En 1986, Revlon acheta la société mère de Max Factor et, à son tour, revendit la société de cosmétiques à Procter & Gamble cinq ans plus tard, pour 1,5 milliard de dollars.
En 2010, P & G annonça qu’elle cessait la commercialisa des produits Max Factor aux États-Unis, sauf pour la vente en ligne. La société continua à vendre à l’étranger, en particulier au Royaume-Uni et en Russie, où elle avait commencé il y a plus d’un siècle, et où elle restait très populaire.
