21 novembre 1800. Naissance de Barney Aaron, la future « star » de la boxe, héros de l’East End londonien.

Abraham « Barney » Aaron naît à l’aube du XIXᵉ siècle, dans le quartier d’Aldgate, au cœur de l’East End juif. Son père est tailleur, comme beaucoup d’hommes du quartier. Le jeune garçon passe une grande partie de son temps dans les rues : il court vite, se faufile facilement, et semble avoir une faculté instinctive à éviter les coups.
C’est cette aptitude, plus qu’un goût précoce pour le combat, qui le conduit progressivement vers les salles d’entraînement du prizefighting londonien, un monde alors peu réglementé, rude et souvent misérable, mais qui offre aux jeunes des quartiers pauvres une forme d’ascension sociale.

Dans les années 1820, Aaron commence à se faire un nom. Sa rencontre contre Nat Langham montre son style : un boxeur rapide, attentif, plus tourné vers l’esquive et le contre que vers la force brute. Quelques victoires locales suffisent à attirer l’attention des chroniqueurs sportifs.

En 1832, le combat contre Bill “The Gas-Light Man” Looney confirme sa réputation. Looney est beaucoup plus massif, mais Aaron mise sur le mouvement et la précision. Le combat est long et pénible, mais Aaron finit par prendre l’avantage. Cette victoire, assez commentée dans la presse, installe durablement son surnom : “The Star of the East”.

Dans les années suivantes, il affronte plusieurs adversaires réputés, dont Tom Shelton, dans un combat rendu difficile par la boue et les intempéries, ainsi que Jack “Hammerman” Martin, dont la force brute contraste avec la mobilité d’Aaron. Il perd plus tard contre Peter Crawley, futur champion, mais sans que cela nuise réellement à l’estime que lui porte le public du quartier.
Contre Young Dutch Sam, il livre un combat resté célèbre pour sa technicité, même si les sources divergent sur son issue exacte.

À mesure que sa carrière se poursuit, Aaron devient une figure familière dans l’East End. Sa notoriété dépasse le cadre sportif, sans toutefois se transformer en statut officiel. Il gagne peu, vieillit vite, et ses combats se raréfient.



En 1847, l’élection de Lionel de Rothschild à la Chambre des Communes introduit une situation nouvelle. Rothschild, élu légalement, ne peut pas siéger : le serment parlementaire exige de jurer « sur la véritable foi d’un chrétien », formulation incompatible avec sa pratique religieuse.
L’affaire devient un sujet national. Dans les rues de l’East End, où vit une grande partie de la population juive de Londres, la tension monte lors de la période électorale. Des incidents sont signalés, et certains électeurs hésitent à se rendre aux urnes.

Dans ce contexte, Barney Aaron — avec le boxeur Aby Belasco — participe à des patrouilles locales destinées à rassurer les habitants et à maintenir un minimum d’ordre. Son rôle n’a rien d’institutionnel : il s’agit plutôt d’une mobilisation de quartier, dans une période où l’apparition de bandes rivales ou de groupes cherchant à intimider les électeurs n’est pas rare.
Cet épisode témoigne moins d’un engagement politique structuré que d’une forme de solidarité communautaire. Aaron agit comme un homme connu, écouté, dont la présence suffit à dissuader les fauteurs de troubles.

L’affaire du serment durera plus de dix ans. Rothschild ne pourra finalement siéger qu’en 1858, lorsque la Chambre des Communes sera autorisée à adapter le serment pour ses propres membres.



Les dernières années d’Aaron sont discrètes. Comme beaucoup de prizefighters, il vieillit prématurément, supporte mal les séquelles physiques, et ne bénéficie d’aucune sécurité financière. Il meurt en 1850, dans une relative pauvreté, mais pas totalement effacé : son nom reste familier dans les cafés et les salles d’entraînement de l’East End.

Son fils, Barney “Young” Aaron, reprendra plus tard le flambeau, aux États-Unis cette fois. Il deviendra un boxeur reconnu dans le milieu new-yorkais, puis arbitre. La notoriété du père se transmet ainsi de manière indirecte, par la carrière mieux documentée du fils.



Au final, la vie de Barney Aaron n’a rien d’un destin héroïque. C’est plutôt le parcours d’un homme issu d’un quartier pauvre, qui trouve dans la boxe une manière de se faire une place, gagne un respect local, puis glisse lentement dans l’ombre. Son nom survit grâce à quelques combats marquants, à son rôle dans une élection troublée, et à la carrière plus durable de son fils.
Il demeure une figure représentative de son époque : un professionnel du ring, connu dans son quartier, respecté pour sa ténacité, et impliqué lorsque les circonstances l’y poussent — rien de spectaculaire, mais une existence solide, qui reflète assez fidèlement la condition de beaucoup d’hommes de l’East End au milieu du XIXᵉ siècle.