24 janvier 1933. Assassinat de Charley « King » Solomon, l’homme qui contrôlait le trafic illégal d’alcool et de stupéfiants en Nouvelle-Angleterre, ainsi qu’une grande partie des jeux de hasard illicites et de la prostitution.

Abattu dans les toilettes pour hommes du célèbre Cotton Club de Boston, il mourut peu après à l’hôpital, ne révélant à la police, semble-t-il, uniquement que « ces sales rats » lui avaient fait la peau.
On sait peu de choses de la jeunesse de Solomon, pas même sa date de naissance précise, que certaines sources situent entre 1884 et 1886, en « Russie ». Ses parents, Joseph Solomon et Sarah Blum, immigrèrent avec lui et ses trois frères aux États-Unis, s’installant – selon les sources – dans le quartier de West End à Boston ou dans la ville de Salem, au nord-est de Boston.
Solomon s’engagea dans des activités criminelles dès son plus jeune âge, bien que son casier judiciaire ne commence qu’aux alentours de 1912. King Charles Solomon fut arrêté à l’adolescence, pour la première de ses 21 arrestations en 21 ans. Il ne fut cependant emprisonné qu’une seule fois, pour subornation de témoin lors de son procès pour trafic de stupéfiants. Condamné à cinq ans, il fut libéré après 13 mois.
Un capitaine de police lui demanda un jour :
« Charlie, tu es millionnaire. Pourquoi ne quittes-tu pas ce milieu ? » « Allons donc ! », répondit Solomon.
Il aimait trop la vie nocturne.
King Charles Solomon avait une allure remarquable dans le demi-monde bostonien. Il s’habillait avec élégance et fréquentait les célébrités qui le trouvaient poli et charmant. Il régnait sur le Cocoanut Grove en tenue de soirée, entouré de belles femmes et de vedettes de music-hall comme Sally Rand, Tex Guinan et Sophie Tucker, la première interprète de « A yiddishe Mame ».
L’avènement de la Prohibition, en 1920, offrit une multitude d’opportunités aux individus ayant des penchants criminels, et « King » Solomon en profita pleinement. Il développa des relations avec des distillateurs canadiens (dont Seagram, propriété de la famille Bronfman) ainsi qu’avec des fabricants européens et caribéens. Pour éviter les contrôles routiers, il possédait une flottille de bateaux qui sillonnaient les eaux au large de la Nouvelle-Angleterre, recevant leurs instructions de plusieurs stations de radio qu’il gérait le long de la côte.
Solomon était membre du « Big Seven Group », première tentative d’organisation des principaux groupes criminels du Nord-Est américain. En mai 1929, il participa à la conférence d’Atlantic City, la célèbre réunion des figures les plus importantes du crime organisé américain.
La conférence fut organisée pour coïncider avec la lune de miel de Meyer Lansky, lui permettant ainsi de combiner affaires et plaisir en un seul lieu, l’hébergement et les divertissements étant fournis par le chef du crime du sud du New Jersey, Enoch « Nucky » Johnson (le modèle du personnage de Steve Buscemi, Nucky Thompson, dans la série télévisée « Boardwalk Empire »).
Le 8 janvier 1933, Solomon fut inculpé devant un tribunal fédéral de Brooklyn pour trafic d’alcool d’une valeur de 14 millions de dollars. Il paya une caution de 5 000 dollars et retourna chez lui, près de Boston, apparemment indifférent à son procès imminent.
Le 23 janvier 1933, alors qu’il était sous le coup d’une inculpation fédérale, il termina sa soirée au Cocoanut Grove, empochant la recette de la nuit, soit 4 600 dollars. Il prit ensuite une voiture avec deux jeunes danseuses et son chef d’orchestre, Joe Solomon, pour se rendre au Cotton Club, un bar clandestin du quartier de Roxbury à Boston, où il continua de faire la fête avec des amis.
La fête battait son plein à 3h30 du matin lorsque Solomon se leva pour aller aux toilettes. Un groupe d’hommes qui buvaient près du bar le suivit. Des témoins rapportèrent avoir entendu une dispute à propos d’un « traître ».
Ils dirent que Solomon aurait dit quelque chose comme : « Vous m’avez pris mon argent, et maintenant, qu’est-ce que vous voulez ? »
L’un des hommes répondit : « Tu l’as bien cherché. » Des coups de feu retentirent, les hommes prirent la fuite et King Charles Solomon sortit des toilettes en titubant, le cou, la poitrine et l’abdomen ensanglantés. « Ce sont les rats qui m’ont eu », dit-il.
Il fut transporté d’urgence à l’hôpital de Boston, où il mourut avec un promoteur de boxe à son chevet. Il ne dénonça pas ses assassins.
Sa profession fut indiquée comme « propriétaire de théâtre » et son âge comme étant de 46 ans.
On sait qu’en entrant au Cotton Club, il avait 4 600 dollars en poche, dont il ne lui restait que 80 cents à son arrivée à l’hôpital. Un simple vol semble toutefois un mobile improbable pour un assassinat aussi minutieusement préparé.
Il est plus probable que Solomon, qui devait comparaître devant le tribunal le lendemain matin, ait été abattu pour l’empêcher de témoigner pour l’accusation. Comme l’a déclaré le procureur adjoint des États-Unis à Brooklyn, Leonard Greenstone, au New York Times le lendemain : « Je crois que Charlie a été piégé pour qu’il garde le silence. »
« Des balles ont chanté hier le requiem du “roi” Salomon et ont effacé à jamais de son visage le sourire que des milliers de personnes connaissaient », rapporta le Boston Globe le 25 janvier.
Trois mille personnes assisté à la veillée funèbre à son domicile, situé au 193, rue Fuller, à Brookline.
Un journaliste du Boston Globe décrivit la foule comme étant composée de « policiers, de journalistes, de photographes, d’avocats, d’actrices, de petits racketteurs et de petits caïds du milieu, qui gardaient la main droite dans la poche droite et répondaient aux questions par un simple « Dégage ! » »
Des centaines de personnes suivirent son cercueil jusqu’à son lieu d’inhumation, le cimetière juif Hand-in-Hand de Roxbury.
Les meurtriers furent finalement arrêtés et jugés pour vol et meurtre. Trois d’entre eux furent reconnus coupables de vol à main armée et condamnés à sept ans de prison, tandis que le quatrième, reconnu coupable d’homicide involontaire et de vol à main armée, écopa d’une peine de dix à vingt ans.
La veuve de Solomon, Bertha, hérita d’une fortune d’un million de dollars et se remaria un an après la mort de Charley avec un homme scrupuleusement respectueux des lois.