16 février 1923. Naissance de Samuel Willenberg, un des derniers survivants de la révolte de Treblinka.

Wittenberg près de sculpture "Père aidant son enfant à retirer ses chaussures avant d'entrer dans la chambre à gaz
Samuel Willenberg appartient à cette génération d’hommes pour qui survivre ne signifia pas seulement vivre, mais porter la mémoire. Résistant, survivant du camp d’extermination de Treblinka, sculpteur et témoin infatigable, il consacra son existence à transmettre ce que d’autres n’avaient pu raconter.
Samuel Willenberg naît le 16 février 1923 à Częstochowa, en Pologne, dans une famille juive profondément attachée à la culture polonaise. Son père, Perec Willenberg, est peintre et professeur d’art, converti au christianisme mais marqué par ses origines juives ; sa mère, Maniefa Popow, est issue d’une famille orthodoxe. Cette double appartenance — culturelle, religieuse et identitaire — marque durablement l’environnement familial.
Il grandit dans une Pologne indépendante mais traversée par les tensions politiques et l’antisémitisme latent. Passionné de dessin comme son père, il mène une adolescence relativement ordinaire jusqu’à l’invasion allemande de septembre 1939, qui bouleverse définitivement son destin.
Lorsque la guerre éclate, Willenberg tente de rejoindre l’armée polonaise. Il est rapidement capturé par les Allemands, parvient à s’évader, puis revient dans sa région d’origine. En 1942, lors de la liquidation du ghetto d’Opatów, il est déporté vers le camp d’extermination de Treblinka.
À son arrivée, il échappe à la mort immédiate en se présentant comme maçon — une décision instinctive qui lui sauve la vie. Affecté aux travaux forcés, il devient témoin direct du fonctionnement du centre de mise à mort : convois ferroviaires, chambres à gaz, tri des biens des victimes. Comme les autres prisonniers utilisés comme main-d’œuvre, il vit dans la certitude permanente d’une exécution prochaine.
Treblinka n’est pas seulement un lieu d’extermination ; il devient aussi le théâtre d’une des rares insurrections réussies dans un camp nazi. Le 2 août 1943, des prisonniers organisent un soulèvement armé, incendient des installations et tentent une évasion massive.
Les participants incendient le camp et pennent la fuite. Sur les plusieurs centaines de fugitifs, seuls 68 ont survécu. Willenberg parvint à rejoindre Varsovie où, soldat du bataillon « Ruczaj », il participe au soulèvement de 1944. Des années plus tard, il sera décoré de l’Ordre de la Virtuti Militari (Ordre de la Vie Méritoire).
En 1950, il part pour Israël avec sa mère et son épouse, où il devint ingénieur géomètre. Il travaille ensuite comme fonctionnaire au ministère de la Construction.
Après sa retraite, il se consacre à l’art. Il suit des cours de sculpture dans une école populaire de Jérusalem et ses œuvres, où les images de Treblinka ressuscitent sous une forme expressive extraordinaire, connaissent rapidement un grand succès. La Shoah est le seul sujet de ses sculptures. Il les travaille principalement en terre cuite ou en bronze.
En 2003, la galerie Zachęta de Varsovie organise une exposition personnelle de ses œuvres. Ses sculptures ont également été présentées en 2004 lors de l’exposition « Żydzi-Częstochowianie » au musée de Częstochowa. Il est l’auteur du projet de monument aux victimes du ghetto de Częstochowa, inauguré le 20 octobre 2009.
À partir de 1983, il co-organise des voyages de jeunes Israéliens en Pologne. Samuel Willenberg recouvre la nationalité polonaise en 1994.
Il a rédigé des mémoires, poignantes, juste après la guerre, mais les a publiées pour la première fois en hébreu en 1986. L’édition polonaise de « Survivre à Treblinka » a paru en 2004 grâce au soutien des éditions Więź. L’ouvrage a également été traduit en anglais, en espagnol et en français.
Samuel Willenberg meurt le 19 février 2016 à Tel-Aviv, quelques jours après son quatre-vingt-treizième anniversaire. Avec sa disparition s’éteint l’une des dernières voix directes de Treblinka — un camp où presque aucun témoin n’avait survécu.