19 décembre 1903
Tentative d’assassinat à Paris de Max Nordau, le bras droit de Hertzl, en raison de son soutien au « Plan Ouganda ».
Dans la soirée du 19 décembre 1903, un bal de Hanoucah à Paris fut interrompu par des coups de feu, lorsqu’un jeune homme ouvrit le feu sur la sommité sioniste, Max Nordau. Nordau ne fut pas touché par les balles, mais un spectateur fut atteint.
Alors qu’il visait Nordau, alors âgé de 54 ans, le tireur, un étudiant d’origine russe de 27 ans dénommé Chaim Zelig Louban, cria: « Mort à Nordau, l’Africain de l’Est ».
A l’époque, la signification du cri fut parfaitement comprise: le mouvement sioniste était déchiré par une amère controverse sur la recommandation de Theodor Herzl d’envisager une proposition du gouvernement britannique de créer un foyer national temporaire en Afrique orientale britannique. dans une partie de l’actuel Kenya, bien qu’il ait toujours été désigné sous le nom de «Plan Ouganda».
L’idée avait été soulevée lors du Sixième Congrès sioniste, qui s’était tenu à Bâle en août 1903, et, malgré l’opposition farouche de nombreux membres, le Congrès avait voté pour qu’un comité exploratoire visite le territoire proposé l’année suivante. La délégation russe était particulièrement opposée à cette idée, car ses membres ne voulaient prendre en considération aucune alternative, même temporaire, à un foyer juif en Palestine.
Nordau (1849-1923) était alors le numéro deux de la direction sioniste. Né à Pest, en Hongrie, il avait grandi dans une famille orthodoxe, mais encore jeune homme, il était devenu complètement assimilé. Nordau avait reçu une formation de médecin et avait travaillé comme journaliste et philosophe social (certaines de ses thèses paraissent bizarres aujourd’hui: il était, par exemple, un partisan de l’eugénisme). Comme Herzl, il s’était largement converti à la cause sioniste après avoir été témoin de l’affaire Dreyfus à Paris, où il vécut à partir de 1880.
Par loyauté envers Herzl, Nordau avait soutenu l’idée d’envoyer une équipe visiter l’Afrique lorsqu’elle avait été soulevée au Congrès sioniste – il parlait de l’Afrique comme un «nachtasyl» (asile de nuit, en allemand), ou refuge temporaire – mais il n’avait jamais vraiment été en faveur de l’alternative ougandaise, et il ne s’attendait pas non plus à ce qu’elle se réalise.
Au lendemain de l’attentat, Nordau écrivit à Herzl, avec un peu d’auto-apitoiement: « Hier soir, j’ai reçu un acompte sur la dette de gratitude que le peuple juif me doit pour mon travail désintéressé en son nom. Je dis cela sans amertume, seulement par chagrin. Comme notre peuple est malheureux, d’être capable de produire de telles actions. »
Chaim Louban, fut appréhendé sur les lieux du crime, et avoua d’abord la tentative de tuer Nordau, se décrivant comme un « révolutionnaire » qui avait été envoyé pour exécuter la tâche par ses camarades à Berne, en Suisse. Quelques jours plus tard, cependant, d’après les journaux de l’époque, il déclara qu’il n’avait jamais eu l’intention de toucher Nordau et n’avait fait que tirer en l’air. La balle qui avait frappé un autre invité l’avait fait seulement par ricochet, déclara-t-il, affirmation qui aurait été confirmée par le malheureux spectateur.
Après la mort de Herzl, en juillet 1904, Nordau se vit offrir la direction de l’Organisation sioniste, mais il la refusa et devint progressivement moins actif dans le mouvement.
Il mourut à Paris le 23 janvier 1923.
