25 février 2001. Disparition à Paris du compositeur Norbert Glanzberg qui donna à la chanson française quelques-uns de ses plus grands succès.

Norbert a un an quand, en 1911, la famille Glanzberg fuit la Pologne pour se réfugier en Bavière. Enfant prodige, il danse sur les tables avec son violon et joue du jazz (en cachette de son père) à la brasserie du coin, avant d’entrer au Conservatoire. Engagé à dix-neuf ans comme chef de chœur et assistant chef d’orchestre à Aix-la-Chapelle, il y croise Béla Bartók et Alban Berg. En 1930, il écrit ses premières musiques de film pour Billy Wilder et Max Ophüls. Jusqu’à ce que Goebbels le décrète “artiste juif dégénéré”.
Norbert s’exile à Paris où il rencontre, en 1936, un autre apatride, Django Reinhardt, avec lequel il va faire du bal musette – quand il ne joue pas de piano dans les maisons closes de Pigalle. Pour Lys Gauthy, il écrit en 1938 Le bonheur est entré dans mon cœur et Sans y penser…
Il devient compositeur et renoue avec le succès. Pas pour longtemps : dès 1939, il est mobilisé dans l’armée polonaise en exil. Démobilisé en 1940, Norbert rejoint Marseille et la zone libre (à pied !). L’impresario Félix Marouani l’engage pour tourner avec Tino Rossi et Édith Piaf – qui en font leur protégé. En 1942, réchappé des rafles, il est dénoncé et emprisonné et c’est l’actrice Marie Bell qui organise sa fuite avec l’aide d’un gardien de prison corse.
Jusqu’en 1944, il est caché par René Laporte à Antibes, où il rencontre la Résistance intellectuelle : Paul Eluard, Jacques Prévert, Aragon, Elsa Triolet et René Julliard.
Dès l’épuration, il contribue à la libération de Maurice Chevalier et de Mistinguett, soupçonnés de collaboration. De 1946 à 1948, il part en tournée dans le monde entier avec Charles Trenet et Tino Rossi. En 1949, Édith Piaf crée Padam, Padam sur des paroles d’Henri Contet.
La Môme interprète également Au bal de la chance, Sophie et Mon manège à moi – que lui empruntera Yves Montand (qui interprète aussi Moi j’m’en fous et Les grands boulevards). Il écrit pour Lucienne Delyle (Sans y penser) ou Georges Guétary.
À partir de 1953, il compose nombre de musiques de films dont Michel Strogoff, La Sorcière et La mariée est trop belle avec Brigitte Bardot. Les années 50 sont des années fastes dont il symbolise la légèreté et la joie de vivre – dans ce Paris d’après-guerre avec son irrépressible parfum de revanche, aux antipodes de la frilosité actuelle : Norbert n’a peur de rien et l’a prouvé toute sa vie. Il écrit pour Henri Salvador et Colette Renard, qui triomphe avec Ça c’est de la musique.
La vague yéyé balaie tout mais il continue à produire pour Jacques Hélian (Na-bu-co-do-no-zor, écrite avec Pierre Delanoë en 1961), Dario Moreno, Luis Mariano et Francis Lemarque. Et jusqu’aux années 70, il compose pour Pétula Clark, Dalida et Mireille Mathieu – avant d’être repris par Étienne Daho, Arthur H ou Catherine Ringer, mais aussi Whoopi Goldberg.
1983, grand retour à la musique classique. Il écrit une suite de lieder à partir de poèmes écrits par des prisonniers, La mort est un maître de l’Allemagne. En 1985, il compose un concerto pour deux pianos, la Suite Yiddish, inspirée du Magicien de Lublin d’Isaac Bashevis Singer. En 1998, un concert est donné en son honneur avec l’actrice Hanna Schygulla dans sa ville d’enfance. Dans la cathédrale, un an plus tard, il enregistre Noël c’est l’amour. En 2000, il orchestre la Suite Yiddish pour les Philharmonies de Lorraine, de Jérusalem et de Würzburg. Norbert meurt le 25 février 2001.
(Source: livret du CD « Padam, padam » par Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jérôme Sarfati et Édouard Pennes.)
On peut encore écouter cet enregistrement sur Radio Yiddish Pour Tousce samedi à 21h et dimanche à 9h.