16 mars 1190. Pogrom de York

Au printemps 1190, la petite communauté juive de York vit dans une peur croissante. Depuis le couronnement du roi Richard 1er d’Angleterre l’année précédente, des violences antijuives éclatent dans plusieurs villes d’Angleterre. La fièvre religieuse qui accompagne la Troisième croisade enflamme les foules.
À York, la haine couve aussi pour des raisons très concrètes : beaucoup de nobles et de chevaliers doivent de l’argent aux prêteurs juifs.
La ville s’embrase
En mars 1190, une rumeur — comme souvent dans l’Europe médiévale — déclenche l’explosion. Une foule se rassemble, attisée par des croisés, des débiteurs et des agitateurs religieux.
Les maisons juives sont attaquées, pillées, incendiées.
Le notable Josce de York, l’un des chefs de la communauté, comprend immédiatement le danger. Avec sa famille et d’autres Juifs de la ville, il se réfugie dans le château royal.
La tour principale du château — aujourd’hui appelée Clifford’s Tower — devient leur ultime refuge.
Ils sont probablement près de cent cinquante hommes, femmes et enfants.
Le siège
Au début, les Juifs pensent être protégés. Le château appartient au roi : personne ne devrait oser l’attaquer.
Mais la foule grossit. Les assiégeants encerclent la colline du château.
Un incident aggrave la situation : méfiants envers les autorités locales, les réfugiés refusent de laisser entrer le connétable du château venu reprendre le contrôle de la tour. Celui-ci, humilié, rejoint alors les émeutiers.
La tour est désormais assiégée par la ville entière.
L’attente
Pendant plusieurs jours, les assiégés tiennent.
Ils manquent d’eau et de nourriture. Les assaillants promettent la vie sauve à condition de se convertir au christianisme.
Les chroniques rapportent que les Juifs discutent longuement de leur sort.
Parmi eux se trouve un érudit venu de France, souvent identifié comme le rabbin Yomtov de Joigny.
C’est lui, dit-on, qui prononce les paroles décisives.
La décision
Selon la chronique du moine William of Newburgh, le rabbin explique que la conversion forcée serait une trahison de la foi.
Dans la tradition juive, il existe un concept tragique : mourir pour sanctifier le nom de Dieu (Kiddoush ha-Shem).
La décision est prise.
Plutôt que d’être baptisés de force ou massacrés par la foule, les assiégés choisissent de mourir libres.
La nuit du drame
Dans la tour assiégée, les familles s’embrassent une dernière fois.
Les hommes tuent leurs proches pour leur éviter les outrages, puis se donnent la mort. Certains se jettent dans le feu.
On raconte que Josce de York lui-même meurt ainsi avec sa famille.
Enfin, les survivants mettent le feu à la tour.
L’assaut final
Au matin, la fumée monte au-dessus de la colline.
Les émeutiers pénètrent dans la tour brûlée. Ils découvrent les corps.
Quelques survivants qui s’étaient rendus avec promesse de conversion sont néanmoins massacrés par la foule.
La communauté juive de York est anéantie.
Après le massacre
Mais la violence ne s’arrête pas là.
Les meneurs se rendent ensuite à la cathédrale de York où sont conservées les archives des dettes. Ils brûlent les registres.
Beaucoup d’entre eux sont désormais libérés de leurs créances.
Le pogrom n’était donc pas seulement une explosion religieuse : il fut aussi une gigantesque destruction de preuves financières.
Un symbole durable
Le massacre de York reste le plus grand pogrom de l’Angleterre médiévale.
Un siècle plus tard, en 1290, le roi Edward 1er d’Angleterre expulsera tous les Juifs du royaume lors de l’Expulsion des Juifs d’Angleterre.
Pendant près de 350 ans, l’Angleterre ne comptera officiellement plus de Juifs.
Et sur la colline de York, la vieille tour — Clifford’s Tower — reste aujourd’hui le témoin silencieux de cette tragédie.