5 avril 1919. Massacre de Pinsk

la cathédrale de Pinsk en 1921
Le 5 avril 1919, à Pinsk, ville ravagée par les combats, 35 Juifs participant à une réunion communautaire pour discuter de la distribution de colis de secours en provenance des États-Unis furent arrêtés, soupçonnés de comploter pour le compte des bolcheviks, et sommairement exécutés par l’armée polonaise.

Ce massacre s’inscrivaitt dans le contexte de la guerre polono-soviétique de 1919-1921, qui opposa les forces de la Pologne et de l’Ukraine indépendantes aux Soviétiques désireux d’intégrer ces territoires à l’Union soviétique. Les Juifs, souvent associés à la cause bolchevique et impliqués dans ses activités, se retrouvèrent pris au piège, à Pinsk, mais aussi dans plusieurs villes polonaises, où ils subirent fréquemment des meurtres.

C’est le 5 mars 1919 que l’armée polonaise avait occupé Pinsk, ville sous contrôle allemand pendant la majeure partie de la Première Guerre mondiale. Le contrôle de la ville fut ensuite disputé entre les armées soviétique, ukrainienne et polonaise. Malgré la conquête polonaise, la ville ne retrouva pas son calme et les soldats polonais furent fréquemment pris pour cible par des habitants soutenant les Soviétiques.

Dans le climat tendu qui régnait alors, les réunions publiques étaient, selon certaines sources, interdites. Cependant, il fut rapporté que les Juifs réunis ce 5 avril avaient reçu l’autorisation préalable des autorités militaires de se rassembler afin de discuter de la distribution des colis de secours reçus de l’American Joint Distribution Committee à l’approche de la Pâque juive.
Le major Aleksander Narbut-Luczynski, de l’armée polonaise, fut informé de la réunion de Juifs alors qu’elle était encore en cours et ordonna l’arrestation de ses organisateurs. Il déclara que ses informateurs lui avaient indiqué qu’il s’agissait d’un rassemblement de bolcheviks et, une heure plus tard, il ordonna leur exécution, sans enquête ni procès.

Aussitôt, les 35 Juifs furent conduits à la cathédrale de la ville, alignés contre l’un de ses murs extérieurs et fusillés par les soldats polonais.

La nouvelle des meurtres parvint rapidement au monde entier, bien que les premiers rapports reprenaient la version polonaise, selon laquelle les Juifs présents à la réunion étaient des conspirateurs communistes et non des travailleurs humanitaires.

Cependant, la conférence de paix internationale se tenait alors à Versailles, où l’un des points les plus épineux abordés était l’avenir des territoires ayant appartenu aux empires austro-hongrois, russe et ottoman.
Le président américain Woodrow Wilson, présent en France, et son conseiller humanitaire, Herbert Hoover, étaient extrêmement sensibles au traitement des minorités dans les jeunes républiques et exigeaient des signataires du traité de paix qu’ils s’engagent à garantir la liberté de religion et l’égalité civile pour tous les citoyens.

Hoover avait été informé par des représentants de l’American Jewish Committee, censés avoir été présents à Pinsk lors du massacre, que les victimes n’étaient en aucun cas des conspirateurs bolcheviques. Il transmit cette information aux autorités polonaises et au président Wilson.
Finalement, le président chargea Henry Morgenthau, alors conseiller principal et ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’Empire ottoman, d’une mission d’enquête sur les événements survenus à Pinsk et dans d’autres lieux où des Juifs avaient été tués dans des circonstances similaires.

Le rapport de Morgenthau, remis le 3 octobre 1919, examinait le massacre d’environ 300 Juifs dans les zones sous contrôle polonais au cours du premier semestre de cette année-là. Il était très critique à l’égard du commandant Luczynski, qui avait ordonné les exécutions et qu’il qualifiait d’« incroyablement stupide ».
Morgenthau interrogeait: « Qui étaient ces trente-cinq victimes ? C’étaient les chefs de la communauté juive locale, les guides spirituels et moraux des 5 000 Juifs d’une ville dont 85 % de la population était juive, les organisateurs des œuvres de bienfaisance, les directeurs d’hôpitaux, les amis des pauvres. Et pourtant, pour cet officier incroyablement brutal, et plus encore incroyablement stupide, qui ordonna leur exécution, ce n’étaient que quelques Juifs parmi tant d’autres. »

Le kibboutz Gvat, dans la vallée de Jezreel, fut fondé par des sionistes de Pinsk arrivés en Palestine mandataire en 1922 et qui dédièrent leur projet à la mémoire des 35 Juifs de leur ville assassinés en 1919.