A gutn tog tayere tsuherers,
Juin est traditionnellement le mois du bac et le moment ou les lycéens doivent se déterminer sur le choix d’un métier .Mais parents et enfants ne sont pas toujours d’accord sur ce choix, ce qui entraine naturellement des discussions. Voyons ce qu’il en est avec Moyshe, le fils de Yankl et Rokhl.
-Yankl: Zog mir Rokhl. Veystu vos dayn zun vet studirn ven er vet bakumen zayn bakkalaureate diplom
-Rokhl : Frier iz geven gringer. Undzere tates un mames zaynen geven shusters, shnayders, kirzhners: baal melokhes.
-Yankl : Haynt viln zey ale zayn kompiuter gelernter
-Rokhl: Lomir im fregn .Moyshele?
-Moyshe : Yo !
-Rokhl : Vos far a baruf vilstu studirn ?
-Moyshe :Ikh hob getrakht un getrakht
-Yankl: un?
-Moyshe: Ikh vil zayn an astronoyt;
-Rokhl : vos ? vilstu nisht zayn keyn advokat, doktor, a tseyn dokter
-Moyshe: es gefelt mir nisht .dos iz mayn endgiltiker bashlus
-Rokhl : un farvos den ?
-Moyshe: Ikh bin gegangen zen an oysshtelung. Zey hobn getsaygt vi, mit 50 yor tsurik, iz der ershter man geven oyf der levone .
-Rokhl : Un ?
-Moyshe : Ikh hob bashlosn, az ikh vel zayn der tsveyter
-Rokhl : Oy, dos hot nor gefelt !
Etudions à présent le dialogue pas à pas.
Yankl: Zog mir Rokhl l Veystu vos dayn zun vet studirn ven er vet bakumen zayn bakalaureate diplom?
Yankl entame une discussion au sujet des études. Dis-moi Rokhl. Sais-tu ce que ton fils va étudier quand il aura reçu son baccalauréat. Nous avons déjà appris tous les mots de cette phrase à l’exception de shtudirn, qui signifie étudier et zun. Un fils se dit der zun, à ne pas confondre avec le soleil, vu dans une autre leçon, qui est féminin et se dit di zun .Si l’on a plusieurs fils, on dira di zin. Bien sûr, si vous n’avez pas de fils, mais une fille, vous direz tokhter et des filles : tekhter. Supposons que vous ayez une famille nombreuse et que vous ayez quatre fils et sept filles, comment le diriez-vous en yiddish ? Ikh hob fir zin un zibn tekhter.
Rokhl dit :Frier iz geven gringer. Undzere tates un mames zaynen geven shusters, shnayders, kirshners : balmelokhes.
C’était plus facile avant. Gring signifie facile et auquel on rajoute er à la fin pour composer un comparatif.. Nos pères et mères étaient des cordonniers, des tailleurs, des fourreurs des artisans.
Voyons les un à un . Un cordonnier se dit shuster.au pluriel shusters. D’ailleurs le fameux proverbe français les cordonniers sont les plus mal chaussés se dit en yiddish. Shusters geyen borves, mot à mot, les cordonniers vont nu-pieds.
Les shnayders sont les tailleurs et les kirshners des fourreurs. Tout ce beau monde constitue le monde des artisans ; les balmelokhes.
Yankl répond : Haynt viln zey ale zayn kompiuter gelernter : aujourd’hui ils veulent tous être des kompiuter gelernter : des informaticiens
Rokhl, impatiente de savoir ce que veut son fils : Lomir im fregn.
Demandons-le-lui. Nous avons déjà vu lomir qui est un impératif. Pour préciser, il s’agit de la contraction du verbe lozn, laisser , aller et mir ; nous. Suivi d’un verbe à l’infinitif. Refaisons l’exercice comment dirait on allons acheter du pain : lomir koyfn broyt.
Moyshe très disert, répond oui: Yo !
Rokhl lui demande :Vos far a baruf vilstu studirn ?: quel métier veux-tu étudier : der baruf : le métier, la profession. Ce qui rappellera à certains la fameuse chanson « rozhinkes mit mandlen », raisins secs et amandes , berceuse dans laquelle la mère rêve du meilleur avenir pour son fils
Elle le voit commerçant et dit : « dos vet zayn dayn baruf ». Ce sera ton métier avant d’entamer le refrain : ‘’ Rozhinkes mit mandlen’’ : raisins et amandes. La combinaison raisins et amandes, l’un et l’autre symbolisent la prospérité,
le bonheur et une vie douce.
Après cette digression, écoutons la réponse de Moyshe : Ikh hob getrakht un getrakht.
Le verbe trakhtn a l’infinitif signifie, penser , réfléchir. Au participe passé on dira getrakht.
En yiddish, on répète couramment le verbe pour signifier qu’on a fait une chose pendant longtemps. Getrakht un getrakht. Il a réfléchi longtemps.. Je me permet une seconde digression qui illustrera le sujet. Dans une des chansons les plus connues du folklore yiddish : Tumbalalaika, un jeune homme réfléchit toute une nuit à la jeune fille qui sera l’élue de son cœur sans en vexer une autre. Trakht un trakht a gantse nakht. Il réfléchit toute une nuit.
Revenons à Yankl, qui, impatient lui demande : un : et alors ?
Moyshe lui répond : Ikh vil zayn an astronoyte ; je veux être un astronaute.
Rokhl décontenancée lui dit : vos ? viltsu nisht zayn keyn advokat, doktor, oder a tseyndokter ?
Quoi, tu ne veux pas être avocat, docteur, ou une dentiste.
Moyshe répond par l’expression : es gefelt mir nisht .cela ne me plait pas le verbe gefelen signifie plaire. Es gefelt mir : ça me plait, es gefelt mir nisht : ça ne me plait pas.
Dos i man endigiltiker bashlus : c’est ma décision finale : l’adjectif endgiltik : final et der bashlus : la décision. Le verbe décider est bashlisn : et au participe passé : bashlosn
Comment diriez-vous : j’y ai pensé toute la nuit et décidé d’acheter une voiture. Ikh hob getrakht un getrakht un bashlosn tsu koyfn a vogn. Décider de : bashlosn tsu plus le verbe à l’infinitif. J’ai décidé de parler yiddish : ikh hob bashlosn tsu redn yiddish.
Rokhl :un farvos den ? et pourquoi donc
Moyshe lui répond par une longue phrase: Ikh bin gegangen zen an oysshtelung : je suis allé voir une exposition. Di oysshtelung : l’exposition. Zey hobn getsaygt : ils ont montré. Le verbe montrer a l’infinitif est tsaygn et au participe passé ; getsaygt ; vi mit 50 yor tsurik : cette expression chiffrée signifie, il y a cinquante ans. Nous n’avons pas encore appris à compter les dizaines, ou du moins nous avons vu dans les précédentes leçons vingt et trente : tsvantsik et draysik. Quarante se dit firtsik et cinquante : fuftsik
Il y a donc cinquante ans : iz der ershter man geven oyf der levone.
Le premier homme est allé sur la lune : di levone : la lune
Rokhl veut entendre la suite et dit : Un ? et
Moyshe lui répond : Ikh hob bashlosn, az ikh vel zayn der tsveyter. J’ai décidé d’être le deuxième
Rokhl, perplexe lui dit Oy, dos hot nor gefelt ! il ne manquait plus que cela. L’infinitif du verbe manquer est feln, et gefelt au participe passé, qui se conjugue d’une façon particulière : si je veux dire : il me manque chose, je dirais littéralement : me manque à moi quelque chose : es felt mir epes. Peut-être Moyshe changera-t-il d’avis ?
De notre côté, en attendant, revoyons le vocabulaire.
Les noms communs: der shuster : le cordonnier, der shnayder : le tailleur, der kirzhner : le fourreur, der balmelokhe : l’artisan, der kompiuter Gelernter : l’informaticien, der baruf : le métier, der astronoyt : l’astronaute, der advokat : l’avocat, der doktor : le docteur, der tseyndokter : le dentiste : der bashlus : la décision, di oysshtelung : l’exposition, di levone : la lune.
Les adjectifs et adverbes : gring : facile, endgiltik : final
Les verbes : studirn: étudier, trakhtn : penser, bashlisn : décider, trakhtn : penser
Les expressions : Es gefelt mir nisht : cela ne me plait pas, dos hot nor gefelt : il ne manquait plus que cela.
En espérant que chacun trouve sa voie, je vous souhaite a gite vokh, une bonne semaine.
