20 octobre 1925 — naissance d’Art Buchwald, l’humoriste qui faisait rire du pouvoir

Art Buchwald naît le 20 octobre 1925, à Mount Vernon, dans l’État de New York, au sein d’une famille juive issue de l’immigration austro-hongroise.

Son enfance est difficile. Après la faillite de son père, qui fabrique des rideaux, le jeune Arthur est placé dans un orphelinat hébraïque. Sa mère, atteinte de troubles psychiques, passe une grande partie de sa vie dans un établissement spécialisé. De cette expérience, Buchwald parlera plus tard avec une franchise mêlée d’humour, sans chercher à transformer son histoire en légende édifiante.

À dix-sept ans, il s’engage dans les Marines et sert pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, il reprend des études à l’université de Californie du Sud, puis part pour Paris en 1949. Il y devient correspondant et commence à écrire pour l’édition européenne du New York Herald Tribune. Sa chronique, d’abord consacrée aux restaurants, aux spectacles et à la vie nocturne parisienne, prend bientôt le ton qui fera sa réputation : une observation amusée des mœurs, des travers et des ridicules, américains comme français. Il restera près de quatorze ans à Paris, une période qu’il évoquera souvent comme la plus heureuse de sa vie.

En 1962, Buchwald revient aux États-Unis et s’installe à Washington. Sa chronique devient alors un rendez-vous de satire politique. Il s’attaque aux présidents, aux ministres, aux diplomates et aux habitudes de la capitale, avec une arme qui lui est propre : traiter les déclarations officielles comme si elles étaient déjà des plaisanteries. L’une de ses blagues les plus célèbres naît après qu’un porte-parole de la Maison-Blanche a dénoncé comme absurdes des propos satiriques de Buchwald. Le chroniqueur réplique qu’il ne publie pas des absurdités pures, mais des absurdités « trafiquées ». Sa chronique est bientôt diffusée dans des centaines de journaux américains.

Cette popularité ne repose pas sur une satire réservée aux initiés de Washington. Buchwald faisait sentir que le discours politique possède parfois, sans qu’on ait besoin de l’inventer, toute l’absurdité d’une farce. En 1982, il reçoit le prix Pulitzer du commentaire. Il poursuit ses chroniques et publie de nombreux livres, tout en gardant un attachement profond à Paris, à sa langue et à la vie qu’il y avait menée. Le Pulitzer reconnaît ainsi une œuvre qui avait fait de l’humour un moyen de commentaire politique largement accessible.

À la fin de sa vie, atteint d’une insuffisance rénale, Buchwald choisit de ne pas poursuivre les traitements qui auraient prolongé son existence. Il entre en hospice et parle publiquement de sa mort prochaine avec le même mélange de lucidité et d’ironie qui avait marqué ses chroniques.

Il meurt le 17 janvier 2007, à Washington, à l’âge de 81 ans. Son dernier grand sujet fut ainsi celui qu’il avait traité toute sa vie : la manière dont les êtres humains affrontent une réalité qu’ils ne peuvent pas entièrement maîtriser.