Mendl Terkeltoyb naît le 1er juin 1906 à Łódź, alors l’un des plus grands centres du judaïsme polonais. Issu d’un milieu juif moderne, il fréquente d’abord une école du mouvement religieux sioniste Mizrachi, puis poursuit ses études à la Schweitzer Realschule de Łódź. Très tôt attiré par les questions sociales et politiques, il s’éloigne du sionisme religieux de son enfance pour rejoindre le mouvement ouvrier juif.
En 1926, il entre à l’Université de Varsovie pour étudier les sciences humaines. Son engagement politique lui vaut cependant d’être expulsé après une année. Deux ans plus tard, il poursuit des études d’ingénieur à Bruxelles. Durant cette période, il milite activement au sein de la Tsukunft (« L’Avenir »), l’organisation de jeunesse du Bund, avant d’adhérer pleinement au Bund, le grand parti socialiste juif d’Europe orientale.
Comme beaucoup d’intellectuels yiddish de sa génération, il combine action politique et activité journalistique. À partir de la fin des années 1920, il correspond depuis Berlin puis depuis la France pour le quotidien bundiste de Varsovie Folkstsaytung. Ses articles traitent aussi bien de politique que de culture, de vie ouvrière ou des événements internationaux. Il collabore également à plusieurs périodiques yiddish, parmi lesquels Vokhnshrift, Foroys, Yugnt-Veker, Parizer Veker et Unzer Shtime. Il écrit parfois sous les pseudonymes Mendl T. ou A. Funk.
En 1934, il s’installe à Paris, où il gagne sa vie comme typographe dans une imprimerie yiddish. La capitale française accueille alors une importante communauté d’immigrés juifs d’Europe orientale. Terkeltoyb y devient une figure active du Bund parisien et du Arbeter-Ring, participant à la vie culturelle et politique de l’émigration yiddish.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il fait preuve d’un engagement remarquable. Après l’invasion de la France, il se porte volontaire dans l’armée française. La défaite de 1940 le place cependant sous la domination allemande. En mai 1941, il est interné dans un camp en France. Un an plus tard, en juin 1942, il est déporté à Auschwitz, où il est assassiné.
Son œuvre est aujourd’hui largement dispersée dans les journaux yiddish de Pologne et de France. Contrairement à de nombreux écrivains yiddish de son temps, il n’a pas laissé de grands volumes littéraires, mais une abondante production journalistique qui témoigne de la vie intellectuelle et politique des milieux bundistes entre les deux guerres. Son destin résume celui d’une génération entière : des jeunes intellectuels juifs polonais, engagés dans le mouvement ouvrier, cosmopolites, profondément attachés à la langue yiddish, et finalement anéantis par la Shoah.
Mendl Terkeltoyb appartient ainsi à cette constellation d’écrivains et de journalistes yiddish dont l’œuvre fut interrompue en pleine maturité. Son nom demeure aujourd’hui surtout dans les dictionnaires biographiques de la littérature yiddish et dans les archives de la presse bundiste, comme le symbole d’une culture militante détruite par la guerre et le génocide.
(Illustration: matrice linotype yiddish)
